mij2014

20 avril 2015

L'agenda

img l'agenda

 

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Trouvaille

C’était un acte de vengeance spontanée. J’en avais éprouvé un brusque sentiment de nécessité irrépressible, un besoin quasi vital, totalement inexplicable mais qui n’en rendait pas moins l’action absolument indispensable. Je suppose que les cleptomanes fonctionnent un peu comme ça. Je ne connais pas de cleptomane ; je connais des acharnés du nettoyage, des radins, des alcooliques ; je suis moi-même claustrophobe et sujette au vertige… mais impasse totale question cleptomanie.

Ce que j’avais dérobé était un carnet parfaitement abject, qui ne présentait aucun intérêt, sauf sans doute pour son propriétaire (celui-ci devait y attacher beaucoup d’importance, compte tenu du soin accordé à sa décoration et son remplissage). Plus je le regardais et mieux je comprenais l’incroyable pulsion qui m’avait animée. Cet objet devait être volé ! Il le réclamait ! (s’il avait pu parler, il n’aurait cessé de le crier). J’en veux pour témoin sa couverture : un visage contracté par l’effort (effort de devoir pousser si ç’avait été la photo de bébé et non le buste d’un – sans doute auguste – personnage sculpté dans la pierre). Certes, ce pouvait être du dégoût (il était accolé à une chose affreuse, dont l’effet était aussi vulgaire qu’un pantalon moulant taille basse à motif léopard sur un jeune femme en surpoids). C’était néanmoins cette perception de la chose – une volonté impérieuse de sortir de l’endroit où elle était tenue emprisonnée – que cette insulte destinée à détruire l’humanité de par sa seule et scandaleuse existence, m’avait ordonné de m’emparer d’elle.

Portrait imaginaire

Je me suis isolée dans un café bondé pour parcourir le fruit de mon larcin. Qui était donc le (ou la) propriétaire de cette chose ? La qualité des notes manuscrites me fit immédiatement pencher pour l’hypothèse d’un médecin. Mais il y avait trop peu de rendez-vous notés et de journées barrées, contre beaucoup d’éléments collés très éclectiques, originaux et mêmes intellectuels, pour appartenir à ce genre d’individu. Le coup de grâce à cette conjecture était porté par une liste de courses, détaillant les ingrédients d’un taboulé, et spécifiant à la fin : + chocolat Côte d’or.

L’ouvrage s’ouvrait par ailleurs par une photo de groupe qui devait dater de la grande époque d’ABBA. Il n’y avait hélas pas d’autre photo rigolote dans le reste de cette pépite ; mais il y avait des extraits de textes collés (certains en langues exotiques), un DVD accroché, ainsi que des modes d’emploi, qui témoignaient de l’effort du détenteur initial du livre de s’ouvrir au monde et à sa modernité.

Marie

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Une jolie histoire très colorée.  intimiste.  Bien cadrée, bien ficelée, bien menée.  Personnages attachants.  Deux hommes comme personnages centraux.  Deux solitaires.  Le regard des autres sur eux.  Léger, poétique, ensoleillé, attachant.  Beaucoup d'humour aussi. 

Histoire écrite en petits morceaux, pièce de puzzle par pièce de puzzle, assemblée ensuite.

Galerie villageoise.  Portraits de ceux qui vivent près d'eux, et commentent.

Evolution dans la relation qu'il y a entre eux deux.  Vont retrouver leur complicité d'enfance au fil des pages.  Lien qui se resserre par leur "quête féminine".

Histoire du tracteur, retapé, humanisé au fil du récit.

Décrire les petites manies de l'un et de l'autre.  Qu'on s'attache à eux.  Passionnés.

Fin = pas décrite, porte ouverte sur un possible.

Anatole est la figure de l'ado timide en adoration.  Il est cependant suffisamment malin pour savoir qu'il a fort peu de chances.  Il n'a pas la même vision de l'amour.  Il n'a pas besoin de ce dont les autres rient ou se vantent.

La galerie des personnages est utile à l'histoire... Il faut que ça forme un tout, que la boucle soit bouclée.

Les prénoms :
Anatole, ça c'est sûr.
Camille, Tim, Arsène, Alfred, Arthur, Henri, Anselme, Adrien, Gilles, Victor, Aloïs. Yes ! Aloïs. ou Aloys.  Encore mieux. 
Anatole et Aloys.
Les filles : Maya, Elodie, Marie, Victorine, Victoria, Léa, ... ???

 Un homme un peu gauche, un peu homme des bois.  Très quarantenaire célibataire.  Vie de labeur, vie de village au volant de sa camionnette.  Généreux pour les voisins, neveux,... on ne lui connait aucune histoire de cœur.  Au détour d'une conversation, il apprend qu'"elle" est revenue dans la région.  Pose quelques questions, s'intéresse.  Sa sœur sourit, son beauf échange un clin d'œil, se moque un peu... Personne ne sait qu'il a aimé cette fille.  Retour sur image par ses souvenirs.

Il avait 30 ans, elle en avait 17.  Ne savait pas encore qu'elle était belle.  Avaient vécu tout l'été qu'elle avait passé au village à se chercher, se fuir, sentiment crescendo. Après son départ, sont devenus amants, se sont fréquentés peu de temps, mais intensément.  Se sont quittés sur un malentendu.  Rdv loupé, ont chacun douté de leur capacité à être aimé, et ont cru que l'autre ne viendrait pas.  Etaient chacun à un autre lieu possible selon leur description ?  Puis développer son point de vue à elle.

Son cœur à lui recommence à battre, décide de la retrouver... dans sa discrétion, sa gaucherie, mais authenticité... construire un monde autour d'eux.

On ne sait rien des autres, on sait peu de ce qui les anime vraiment (cfr réseaux sociaux, qui ne sont qu'une façade).

Du bonheur de lacer des chaussures à clou.  Croiser, sentir le lacet pris dans le clou, enchaîner avec le suivant. croiser. clou. serrer. poignets et doigts déliés.  délice.

 Vieux célibataire.  Célibataire endurci.  Vieux jeune homme.  Jeune homme.  Il avait entendu ces expressions tant de fois.  Dieu merci, sa condition d'homme lui évitait l'éternel "mademoiselle".  Pauvres femmes qui partageaient sa condition de célibataire. Se faire appeler Mademoiselle à quarante ans autant qu'à quinze ! Il ne s'était jamais posé la question du célibat ou du mariage.  Ca c'était fait comme ça.  Bien souvent on lui avait dit qu'il serait temps qu'il se case.  Jamais il ne s'était mis sur le marché.  Avait-il déjà dragué une fille dans sa vie ?  Une femme ?  Non, depuis la maternelle jusqu'au jour d'aujourd'hui, il ne se souvenait pas avoir eu envie de plaire à quelqu'un.  Draguer ?  Savait-il seulement ce que ça voulait dire ?  Hypothèse : prendre la peine de se coiffer, dompter ses boucles châtains, acheter une chemise avec attention, regarder son poignet trois fois, dix fois, cinquante fois dans la journée et le temps qui n'avance pas.

Il avait vécu ça une fois.  Jusqu'à hier, il s'en souvenait à peine.  Avait tellement enfoui ça sous des litres de sueurs, des tonnes de foin et de travail acharné, qu'il avait oublié.  S'interdisait d'y penser, plutôt ?

C'est un cousin d'Anatole.  Physiquement, il y a des traits de ressemblance... L'amour des choses simples, aussi.  Anatole est un personnage plus important que la galerie autour. (plus ça avance, plus ils sont même égalitaires dans le récit)

 Son tracteur est un Massey Harris moteur Perkins 6 cylindres en lignes, datant de 1953.
Ancêtre, bijou de famille.  Le retape, requinque au fil du récit. Personnification du tracteur.  Temps passé impressionnant ! confident, a recueilli bcp de ses pensées, a soigné de nombreuses mauvaises humeurs.  Objet de sa fierté, aussi.  Rare pour un homme humble.  Le tracteur est un personnage à part entière, portrait de la galerie, avec son look, sa dégaine, ses humeurs,... 

 Dimanche 8 avril : Le dîner

 Gigot d'agneau, haricots rissolés aux petits oignons et pommes de terre nature.  Anatole aime ça.  Il savait qu'il y aurait des oignons avant de lire le menu sur le papier vert à droite de la porte du réfectoire.  L'odeur.  Le goût piquant de l'enfance, la table du soir, en attendant son père, les oignons qui crépitent dans la poêle.  Debout sur la pointe des pieds, il les retourne avec la cuillère en bois, s'arrange pour que quelques-uns y restent collés.  Avec l'autre main, il les porte à sa bouche.  Un délice.  Une fois, il a essayé avec la cuillère directement.  Mais le bois c'est pas bon.  Ca gâche le goût des oignons. 

Ici, les oignons, c'est pas tous les jours, alors il faut en profiter.  Triche et gourmandise.  Colette de la cuisine lui en sert une double portion, avec un clin d'œil.  Quand Anatole s'assied en face de Nico, celui-ci a déjà l'assiette penchée, fourchette prête à racler.  Quinze ans qu'ils mangent l'un en face de l'autre.  A force, on connaît les goûts de l'autre aussi bien que les siens.  Les jours de pudding, c'est Nico qui mange double portion.

Brouhaha dans le réfectoire.  A présent, on doit dire salle à manger.  Mais dans une salle à manger, c'est plus feutré, et puis c'est difficile de changer une habitude, alors, Anatole continue de penser "réfectoire", même s'il dit "salle à manger".  Le cliquetis des roues du chariot qui débarrasse les tables.  Les Eglantines sont priés de laisser place aux Myosotis. 

Promenade digestive dans le parc.  Une habitude de jour de beau temps.  Sous la pluie, Anatole préfère pas, il n'est pas fou...  Enfin, pas tant que ça.  S'il n'y a personne sur le banc près du poirier, Anatole projette d'y faire une sieste, et de poursuivre l'inventaire de l'objet qu'il sent frôler son flanc, bien à l'abri dans sa sacoche.

-        Anatole !

L'appel fuse dans son dos.  Invitation.  Sourire dans la voix.  Un brin de lenteur et pourtant beaucoup de fermeté.  C'est raté pour la sieste.  Voilà le Cousin !

 ***

 Une carcasse rouillée, maintenue en équilibre par une poulie suspendue au plafond.  Trois gites empilés sous les pattes avant, deux à l'arrière.  Il n'a même plus la peau sur les os.  Plus rien que le squelette, comme un homme préhistorique déposé dans notre 21e siècle.  Une merveilleuse mécanique dont on se demande comment elle survivra à l'ère numérique.  Il se trouve encore un homme, au moins, pour l'écouter, la comprendre, la soigner, la bichonner.  Un décalé, un anachronique, un mec né avant le numérique, un ringard.  Le smartphone posé sur la boîte à outils n'y changera rien. 

 Il sait reconnaître un tracteur au bruit de son moteur.  Il tend l'oreille dès qu'un ronronnement se fait entendre à trois kilomètres à la ronde.  Aussitôt, l'image surgit de son catalogue mental.  Un Deutz Agroton 640, un John Deere 3650, un vieux Ford, sans doute Machin Chose (voir dans la galerie) qui rétrograde avant le carrefour des Cinq Chemins.  Il peine à la reprise, il est chargé.

 Tant plus vieux, plus il aime.  C'est son dada, sa passion, sa manie.  D'autres sont fans de jeux vidéos, de belotte, de football, d'émissions culinaires, de joggings, de pinsons chanteurs, de week-ends à la mer, de VTT,... lui, il aime les vieux tracteurs.  Les ancêtres, ceux qu'on a mis à la retraite.  Ceux qui trainent au fond d'un hangar, d'une cour de ferme.  Les rouillés, les délavés, les pneus crevés.  Il achète une carcasse, la démonte pièce par pièce, les numérote.  Il nettoie, débosse, ponce, huile, peint, remonte, assemble, bichonne.  Puis les vend. 

 Il est penché sur le radiateur/cardan de son dernier protégé.  Il est spécial, il l'attend depuis longtemps dans le petit hangar de la cour.  C'est celui qui lui a donné l'envie, le goût, mais il n'a pas osé y faire ses armes, il a préféré attendre, s'entraîner avec d'autres, s'autoriser des erreurs.  Le tracteur de son grand-père devient le sien, il ne le vendra pas. 

 Isabelle F

*****

L’agenda — Max

 1   21 mars

Une chance, le bus est à moitié vide. Le cahot du démarrage m’a jeté sur un siège double dans le sens de la marche. Tant mieux, j’éviterai la nausée. Pas de vis-à-vis, je peux étendre la jambe, mon genou me foutra la paix un moment…

Je lève la fesse pour dégager le bas de ma veste. Entre le dossier et le siège, un truc… un carnet recouvert de papier kraft avec une petite image, collée,  un tableau, une jeune femme nue, agenouillée, pulpeuse, un peu mièvre, un sous- Modigliani. Je l’ouvre : un agenda, 2015.

 Un seul prénom, Laura, qui barre en diagonale toute la page. Pas de nom, pas d’adresse, pas de téléphone. Du pouce, je fais défiler les pages avec une légère et excitante culpabilité. Juste un petit plaisir de voyeur pour pimenter ce dimanche merdique

Pas le temps de fouiller, le bus ralentit. Je fourre l’objet dans ma poche, me lève en m’accrochant à la barre. Je saluerais bien le chauffeur mais il a l’œil dans le vague et le portable vissé à l’oreille.

Bien sûr il vente, il pleut. Ce 21 mars chiale comme un 11 novembre. Dans la poche de ma veste, l’agenda. Du gras du médium, je tâte le grain du papier kraft.

 Laura, un nom qui n’a pas d’âge… une vieille dame, une gamine – pas de milieu social. Une  femme, c’est tout ce qu’on sait. D’ailleurs un homme n’aurait pas pris le temps de recouvrir un agenda de papier kraft et d’y coller un chromo, c’est bien une idée de bonne femme, ça ! 

Pas inculte sans doute, elle aime la peinture ; pas intello non plus, elle n’aurait pas choisi cette image. Jeune vieille ? Entre les deux sans doute… jolie, moche va savoir !                                                                                                                                                

 Au coin de la rue déserte le bar est fermé ; normal on est dimanche.

Dans l’appart une vague odeur : la vaisselle sale s’empile sur l’évier ? Pas grave, la femme de ménage vient le lundi. Que faire d’autre que de s’ouvrir une bière et de  s’étaler sur le divan-lit encore ouvert devant la télé.

 2   15 avril

Tu as du temps libre, Max, beaucoup trop : chômage, intérims, petits boulots. Les copains se taillent ou tu fuis ceux qui travaillent et qui te considèrent avec une pitié condescendante.

Pas de vraie copine non plus, juste quelques rencontres dans un bar ou ailleurs – salut Brigitte – rien que le prénom. Pour le reste… parfois, vite fait, sans lendemain.

Attention, Max ! cette Laura fait son nid dans ta caboche. C’est sûr, ça occupe… Et ce foutu agenda, là, sur la petite table, qui te nargue. Tiens donc, à la date du 7 mai  14 h : RV esth. rue des 3 Bornes-

épil maillot – changer linge. Croustillant ! Ca ne doit pas être une rombière… une femme encore jeune - le maillot – (quoique), coquette, mariée… non, divorcée, célibataire, un … des hommes sûrement – toujours le maillot ! Mais pourquoi « changer linge ». Parce qu’elle travaille, qu’elle est partie depuis le matin et que… Tu t’emballes, Max, tu t’emballes. Le 7 mai 14h, rue des Trois Bornes (tu connais, c’est derrière l’Hôtel de ville) pas besoin de le noter ; d’ailleurs tu n’as pas d’agenda…

 7 mai, 13h40, une petite rue piétonnière. Sur la vitrine « Peau de soie » en lettres blanches, un graphisme discret, élégant. Max est sensible à ce genre de détail - souvenir de quelques années d’Académie sans doute. Plus bas : Masculin-Féminin ? Puis de l’autre côté de la vitrine : Pédicurie médicale.

 En face, un café, une terrasse, il fait un peu frais  mais basta ! « Garçon, un expresso – Merci, je vous règle tout de suite. » La rue est presque déserte. Va-t-elle venir ? Un homme, deux femmes passent sans s’arrêter. Inutile de tâter tes poches, Max, tu ne fumes plus depuis trois mois !

Au bout de la rue se parque une petite voiture, une Corsa noire. Une femme enfin ! Rien d’exceptionnel,  quarante, cinquante ans, on ne sait jamais avec les femmes. Plutôt menue, jeans bien coupé (de jolies fesses…), une veste courte en cuir bordeaux. Des cheveux bruns mi longs cachent la moitié du visage. Classe et discrétion. Elle pousse la porte sans hésitation - elle connaît le lieu… 

Que faire, l’attendre ? Epilation, je suppose que ça va durer. Retourner au café tout de suite ?  Ce sera louche.

Pédicurie médicale… Mais pourquoi pas ? Ce matin, j’ai pris ma douche et mes chaussettes sont propres, heureux hasard ! Du calme, Max, attends au moins qu’elle soit en cabine !

Aller au bout de la ruelle, en revenir, jeter un œil à travers la porte vitrée … Personne de visible.

Vas-y, Max ! Une jeune fille rondelette, en blouse rose. - C’est pour un soin de pédicurie, Maintenant, si c’est possible. – Je demande à ma patronne. Elle disparaît dans la pièce voisine. – D’accord, Monsieur. Je la suis. Trois cabines séparées par des rideaux fleuris. Elle s’empare de mes pieds ; je me sens vaguement gêné. Quelques banalités sur le temps qu’il fait, je réponds laconiquement. Elle me dit qu’elle est stagiaire et que… J’opine vaguement et ferme les yeux. Qu’elle se taise, bon sang !

A côté, ça parle à voix feutrée. Deux voix échangent des banalités : la météo, la grève des bus, des bagarres en ville… L’une est volubile, plutôt aigüe, l’autre plus chaude, embrumée, une fumeuse sans doute…. Elle parle d’un voyage proche, la famille, en Belgique. La voix flûtée pose les questions, l’autre répond avec lassitude. Laura sans doute. Je saisis çà et là des bribes du dialogue : non, elle ne se réjouit guère de ce retour, semble-t-il. Mais elle n’en dit pas plus. Je me laisse bercer par ce murmure. Voilà que j’imagine une obscure histoire de famille, des non-dits, des secrets peut-être.

Cette femme n’est pas heureuse… elle est sans doute très seule et…

C’est presque fini – dit la jeune-fille en rose. Déjà ? Elle a fini de couper, limer, poncer. Elle termine  par un massage appuyé avec une crème odorante. Mais ce n’est pas désagréable du tout… - Monsieur est satisfait ? Je souffle : Mais oui, mais oui. Je m’empresse de payer, salue de la tête.  Ouf, je suis sorti avant elle !

 La stagiaire  a toiletté mes panards, vite fait, bien fait. Faut dire qu’il n’y avait pas de problème majeur : pas de cor, pas d’ongle incarné, pas de mycose. Heureusement j’avais les pieds propres et les chaussettes itou… Bien sûr, l’esthéticienne n’en n’a pas fini avec Laura.

L’attendre à la fenêtre du bar avec une bière. Une petite demi-heure, la voilà… Vite, la monnaie sur la table. Tiens, elle est immobile sur le seuil, elle semble hésiter… et elle entre dans le café, va s’asseoir dans le coin près du comptoir, commande un capuccino. Elle prend son GSM : Oui, c’est moi, j’ai fini, je suis au café en face, je t’attends … D’accord, mais pas plus tard… Dépêche-toi quand même. Bisou.

Elle ferme son portable, elle a l’air contrariée. Son interlocuteur, un homme, une femme ? Rien ne l‘atteste… Le « bisou » ? destiné aussi bien à un mec qu’à un copine, mère, fille, sœur…

Le garçon lui apporte son capuccino. Elle lui sourit, elle a l’air plus jeune quand elle sourit. Même discret, un vrai sourire, avec les yeux qui se plissent et la bouche charnue qui s’ouvre sur les dents. Assez grande, la bouche, à peine maquillée, les lèvres juste un peu brillantes, un sourire de jeune fille sur un visage de femme mûre… mûre à quel point ? Impossible de le dire.

Un monticule de crème coiffe la tasse. Elle glisse avec précaution la cuillère dans la masse neigeuse, la porte à la bouche, un bout de langue pointe entre les lèvres, lèche la cuillère…

Mais c’est qu’elle est gourmande, la coquine, avec son air sérieux.

D’autres clients font diversion. Derrière mon journal, je la tiens  à l’œil. Elle fouille son sac - cette année les sacs des femmes sont aussi grands que des cabas, le bras y plonge jusqu’au coude -  en retire un calepin – dans ma poche je tâte l’agenda avec un vague sentiment de culpabilité – et un porte-mine. Prend  quelques notes, consulte son GSM qu’elle a laissé sur la table. C’est la troisième fois qu’elle regarde sa montre. Brusquement elle se lève, laisse sur la table un billet de cinq euros et sort sans attendre sa monnaie.

Prendre deux trois minutes pour ne pas avoir l’air de la filer.

Dans la Rue des Trois Bornes, elle n’est pas loin de sa voiture.

 Filature … 7 mai, 15h

 La suivre, incognito… elle ne m’a pas vu, chez l’esthéticienne, juste, peut-être, entendu les trois mots que j’ai bien dû marmonner à la stagiaire.

Sur ses bottines à talons plats elle marche vite. Elle dépasse la Corsa. Au coin de la petite rue elle glisse des pièces dans le parcmètre, revient sur ses pas, dépose le ticket sur le tableau de bord et repart.

Nous voici  la Place du Marché ; pas trop de monde à cette heure. Elle traverse en dehors du passage pour piétons – vitesse limitée à trente, heureusement - une camionnette klaxonne rageusement. Un bref coup d’œil, un haussement d’épaule ; elle est culottée ou… perturbée. Je slalome moi-même entre les voitures. Devant la Galerie Saint-Servais, un attroupement de jeunes mecs qui glandent. L’un d’eux s’est détourné, a sans doute lancé une grossièreté qui fait rire les autres. Elle continue son chemin sans broncher. Pas un regard aux vitrines.

Même pas nécessaire de garder de garder bonne distance, elle ne s’arrête pas.

Eh bien, si… à la hauteur de la Fontaine elle stoppe net. Entre les jets qui jaillissent de la dalle, des gamins se poursuivent en piaillant, s’éclaboussant dans les flaques. Il y a du soleil, mais quand même, il fait frisquet. A quoi pensent les mères en foulard assises sur les bancs ?

La voilà qui s’assied à côté d’une femme isolée, un caddie à ses pieds. Je me déplace un peu pour la voir de profil. Elle semble incongrue, avec sa veste de cuir bon chic, bon genre, au milieu de ces mamas méditerranéennes ; marrant, c’est elle qui semble exotique ! Elle a tourné la tête vers sa voisine. Ses cheveux masquent la moitié de son visage mais je devine le petit sourire de la femme au foulard. Un gamin ,4-5 ans, s’est approché. La femme se baisse vers son cabas, prend un sac en papier, en retire un gâteau, sans doute, qu’elle donne à l’enfant. Elle tend le sachet à Laura qui, après un instant, accepte la friandise. La femme parle en agitant les mains. Je vois les mains de Laura qui lui répondent. Entre elles l’enfant les regarde puis retourne à ses jeux. En mangeant, elle tend un bras sur le dossier du banc, bascule un peu la tête, tend le visage vers le soleil. En tournant autour de la colonne Morris, je me place derrière le groupe d’enfants. Entre les jets d’eau je la voix de face, enfin.

Elle a les yeux fermés, le visage offert et la bouche entr’ouverte, cette bouche où plongeait  tout à l’heure la cuillerée de chantilly.

 

Max, eh Max ! réveille-toi ! Que fais-tu là à épier cette femme inconnue … comme un voyeur ou plutôt comme un perdreau de l’année à son premier béguin. Tu n’as plus 15 ans, Max, depuis plus de 15 ans …et cette Laura, elle a sans doute  presque l’âge d’être ta mère !

Tu es ridicule, mon vieux, ridicule. Oui, je sais, ce qui se passe dans ton ventre et, plus grave, dans ta poitrine, là, à gauche, boum, boum, petit con ! tu ne l’as plus ressenti depuis des lustres… mais, à quoi ça va te mener, dis, à quoi ?

Voilà qu’elle se lève, fait à la femme un petit signe de tête, effleure en passant la chevelure du gamin qui s’est approché. Elle rebrousse chemin, retourne sans doute au parking. Elle traverse la place par le milieu. Parmi les gamins qui sortent du collège, je la suis sur le trottoir d’en face. Oui, elle va vers sa voiture… La précéder d’assez loin pour ne pas être remarqué, d’assez près pour m’assurer qu’elle me suit. Accélérer le pas. La rue des  Trois Bornes est là, à l’angle de la place.

Bien sûr je ne la vois plus. Voilà sa voiture. Tâter la poche arrière de mon jean, l’agenda est bien là. Non, elle n’a pas encore tourné le coin. Extraire le carnet, le glisser sous l’essuie-glace. Dépêche-toi, Max ! Me poster cinquante mètres plus loin devant la vitrine du libraire : dehors des livres soldés, en  saisir un, n’importe lequel, le feuilleter. Bon Dieu, pourquoi elle n’arrive pas ? Un gars dépasse la Corsa sans s’arrêter…ouf !

La voilà enfin ! Elle avance d’un pas songeur – à quoi pense-t-elle ? Devant la portière elle fouille  son sac, longuement ; elle finit par les trouver, ses clefs. Elle entre dans la voiture. Le moteur ronronne… elle va partir sans avoir rien vu ! Le moteur s’arrête, elle sort en laissant la portière ouverte, soulève l’essuie-glace, saisit l’agenda. Debout entre le capot et la portière grande ouverte, elle le retourne, l’ouvre, le feuillette. Une 4x4 klaxonne à répétition, la dépasse lentement.

Elle lève à peine la tête, rentre dans la voiture, la porte claque. La Corsa reste immobile un long moment. A travers la vitre je ne la vois plus. Que fait-elle ? sans doute inspecter le carnet.

Le moteur ronflote à nouveau. Sans clignoteur, la voiture démarre.

 

C’est fini, Max… Je me tourne vers la rue pour la voir, une fois encore. Eh bien non… derrière la vitre teintée, juste une silhouette indistincte.

 

 Jenny

*****

Lorsqu’elle ouvre les yeux, elle voit cette jeune femme en blouse blanche qui la regarde avec bienveillance. D’ordinaire, elle dirait ce petit sourire condescendant, mais elle n’a pas encore les idées claires. Elle a ce visage un peu flou penché sur elle comme dans un film où la caméra fait progressivement la mise au net.

-        Ça va, Madame ? demande la fille en blanc, dont le sourire semble décidément imprimé sur la face.

Elle balbutie un « oui » un peu vague et entend sa voix flotter dans l’air, comme suspendue au-dessus de ses lèvres.

-        Vous êtes sûre que ça va ?

Elle n’est sûre de rien, à vrai dire. Elle sent battre son cœur dans sa poitrine et dans sa tête et dans toutes les extrémités de ses membres. Elle pense qu’elle est en vie, c’est déjà ça. Elle ne sait pas pourquoi elle pense ça, d’ailleurs. Elle a de vagues nausées, mais tant qu’elle est allongée, c’est gérable. Pour le reste, il lui semble que quelque chose vient de se produire mais elle ne saurait pas dire quoi.

-        Vous êtes au poste de secours de la Croix-Rouge, la rassure l’infirmière (maintenant elle a compris qui était la demoiselle). Vous vous êtes évanouie. Comment vous sentez-vous maintenant ?

-        Mieux.

Mieux par rapport à quoi ? Elle ne sait pas très bien comment elle était avant, mais elle ne serait pas à la gare si elle n’était pas en état de voyager. Cependant, si elle a fait une syncope, c’est qu’il y a eu une défaillance quelconque. Elle essaie de se souvenir. Tout s’accélère dans sa tête. Elle pense tout cela en même temps qu’elle articule ce petit mot : « Mieux ». C’est vrai au fond, à part son estomac un peu barbouillé, un léger mal de tête aussi maintenant qu’elle fait l’inventaire de ses membres, le reste semble fonctionner correctement.

-        Vous êtes seule ? Personne ne vous accompagne ?

-        Non, non, dit-elle sans réfléchir vraiment.

-        C’est la première fois que cela vous arrive ?

-        Je crois, hésite-t-elle. Oui, sûrement.

Alors, instinctivement, elle sourit à son tour. Un franc sourire. Pour se remettre d’aplomb. Pour dissimuler l’angoisse qui soudain déferle comme une vague sournoise. C’est sans doute ça la nausée. Elle s’accroche à son sourire déterminé. Elle a l’impression que tout le reste glisse sur elle sans jamais se fixer.

-        Ce serait peut-être plus prudent de consulter un médecin… lance l’infirmière

-        Ça va aller, ne vous inquiétez pas, dit-elle comme pour elle-même.

Elle joint le geste à la parole, s’assied pour prouver sa bonne foi.

-        Vous voyez, il n’y a pas de problème, poursuit-elle.

Elle s’apprête à se lever, mais l’infirmière la retient par le bras.

-        Attendez, attendez. Vous n’allez pas partir comme ça, il faut vérifier que tout va bien.

Les yeux de la jeune fille s’écarquillent. Ce sont de beaux yeux verts légèrement effilés. Les cils recourbés clignent plusieurs fois et le sourire retombe tout d’un coup. Elle fait basculer une longue mèche châtain du côté droit de sa tête vers le gauche. Le geste est un peu hésitant. Non, plutôt précipité. Tout porte à croire qu’elle panique un peu.

-        Je ne peux pas vous laisser partir, je dois attendre ma responsable.

Devant le regard interrogateur de la dame, elle ajoute :

-        Je suis stagiaire… C’est mon premier jour. Et comme je suis en première année, et bien je ne peux rien faire. C’est un stage d’observation. J’avais fait une formation de secourisme avant, donc je sais certaines choses, mais j’ai pas le droit d’intervenir. Vous êtes arrivée juste quand l’infirmière en chef est partie se chercher un sandwich. J’aimerais mieux qu’elle vous voit quand même…

La stagiaire fait ce qu’elle peut pour la retenir, mais les arguments commencent à lui manquer. Ce n’est pas à la santé de la dame qu’elle pense, c’est à son rapport de stage. Aux notes qu’elle va recevoir si, dès le premier jour elle laisse partir un patient sans s’être assuré de sa bonne santé. Au fond, elle n’aura qu’à dire qu’elle n’a eu personne, mais c’est trop tard, en bonne élève, elle a déjà écrit sur le carnet l’entrée d’une dame, la trentaine, cheveux bruns mi-longs, en syncope. Elle a noté qu’elle est restée évanouie quelques minutes, elle n’a pas noté combien. A sa chef, elle ajoutera que la dame est venue au poste de secours parce qu’elle ne se sentait pas très bien. Elle a demandé un verre d’eau, et le temps d’aller lui chercher à boire, la femme était par terre. Elle n’a pas paniqué, s’est souvenu de ses cours de secouriste, lui a levé les jambes, a tapoté son visage et a appelé la dame, qui, au bout d’elle-ne-sait-plus-combien-de-temps, s’est réveillée. Elle l’a alors aidé à se relever, l’a allongée sur la table d’examen où elle s’est reposé quelques minutes en fermant les yeux.

La chef a réapparu entre-temps. Une petite énergique, cheveux grisonnants. La stagiaire souffle un peu. C’est bon pour son rapport de stage. Elle résume la situation, pendant que la patiente, debout maintenant, s’empresse.

-        C’est vrai, Madame, conclut la chef, ma jeune collègue a raison. Vous devriez consulter un médecin et reporter votre voyage si c’est possible.

-        Ce n’est pas possible, justement. Il faut que j’y aille, lance-t-elle d’un ton péremptoire.

C’est elle qui a dit ça, d’une voix ferme qu’elle ne se connaissait pas. Elle a dit ça malgré la moiteur de ses aisselles et la sécheresse de sa gorge, malgré la pointe qui vrille inexorablement son ventre. C’est ce nœud qui l’étreint et lui intime de partir de là. Comme elle ne sait pas quoi faire d’autre, elle suit son instinct.

-        J’ai un train à prendre, martèle la dame en se dirigeant vers la sortie. Merci pour vos soins, ne vous tracassez pas, ça ira.

Elle tend une main ferme aux deux infirmières et sort. A peine dans le hall de gare, la jeune stagiaire la rattrape.

-        Madame, votre sac !

Elle lui fourre dans les bras un sac brun, un peu élimé aux coins, en espèce de vachette souple, sorte de besace profonde, puis retourne à son poste sans attendre. La dame reste un instant immobile, le sac dans les mains, à observer l’objet comme si elle ne l’avait jamais vu. Elle jette un regard vers la jeune femme qui lui tourne à présent le dos, hésite à lui courir après, puis marche lentement en direction opposée. Elle entre dans un bar qui jouxte les quais, s’assied, commande un vin blanc et ouvre le sac.

Au même moment, au poste de la Croix Rouge, les deux infirmières clôturent le rapport de la patiente.

-        Emma, où as-tu noté le nom de la dame ?

Son nom ? Oh, merde, elle n’a pas pensé à demander son nom… Mais enfin, c’est pourtant la première chose qu’on fait dans un cas de syncope : demander à la personne comment elle s’appelle, si elle sait où elle est et quel jour on est… Ça permet de vérifier qu’il n’y a pas d’AVC, que c’est juste une chute de tension ou quelque chose comme ça.

-        Mais enfin Emma, où avais-tu la tête ? N’as-tu pas suivi en plus des cours de secouriste ? Tu dois savoir ça quand même ! Bon, que ça ne se reproduise plus…

Dans le café de la gare, elle a maintenant étalé tout le contenu du sac sur la table : un portefeuille, un téléphone portable, un agenda, des clés, un paquet de mouchoirs, des pastilles Rennie, et une carte portant un numéro à quatre chiffres. Elle la retourne et lit : « consigne à bagage de la Gare Montparnasse ». Elle ouvre le portefeuille et en sort une carte d’identité. Elle observe le visage figé et lit un nom : Elena Sicaia, puis elle lève les yeux sur le grand miroir qui lui fait face : c’est le même que sur la photo.

Ses mains deviennent moites, elle vide son verre de vin d’une traite, respire un grand coup pour ne pas défaillir à nouveau. Elle n’entend plus le bruit autour d’elle, juste un bourdonnement intense dans ses oreilles et les battements de son cœur lancé à toute allure. Comment est-ce possible murmure-t-elle ?

Elle se précipite sur l’agenda qui lui est aussi étranger que le reste. Ca y est, elle a laché le mot : étranger. Elle l’ouvre à la date d’aujourd’hui. Mais quelle date ? Elle consulte le portable constate qu’elle a reçu un message. Elle regardera après. D’abord reprendre ses esprits. D’abord s’y retrouver, y voir clair. Le téléphone lui donne la date du jeudi 23 avril 2015. Elle tourne les pages de l’agenda et y voit noté à la date du 23 avril des horaires de train. Paris – Vannes. Et un nom : Audrey. Tant qu’elle y est, elle s’attarde davantage sur l’agenda. Qu’a fait Elena les jours, voire les semaines précédentes, se demande-t-elle. Elle y trouve des choses écrites, des noms surtout, qui ne lui évoquent rien. Des noms qui reviennent souvent. Luc. Entouré, puis barré. Reporté à une autre date. Une hésitation. Elle répète Luc, Luc, à haute voix, mais rien ne vient. Elle tourne les pages. Cet agenda a davantage des airs de talisman. Elle trouve une plume : l’oiseau tombé du nid, c’est l’image qui lui vient, mais elle ne sait à quoi la raccrocher.  Une photo d’un groupe de personnes qu’elle ne connaît pas, ils rient, ont l’air heureux, une fête dans doute ou un anniversaire. Elle retourne la photo : aucune date, ni nom, ni lieu. Elle essaie de se souvenir quand elle a fait la fête pour la dernière fois. Quand elle a ri, bu, est rentrée aux petites heures. Est-ce qu’elle fait la fête, elle,  Elena ? Elle n’est pas sur la photo. Sans doute elle qui la prend. On est toujours absent quand on prend les photos. Quelle fête ? Tout est blanc. Vide. Des picotements lui parcourent les bras. Elle tombe plus loin sur un bout de ficelle rouge. C’est quoi ces manies de récupérer des tas de conneries ? C’est complètement ridicule, pense-t-elle. Un Compeed pour les talons s’est glissé entre deux pages, bien plus tard dans l’année, à une date où rien n’est indiqué. Instinctivement, elle ouvre la tirette de son bottillon, passe sa main sur sa cheville et sent le renflement d’un pansement sur l’arrière de son pied. Un instant, elle a l’impression que ce pied ne lui appartient pas. Elle commande un deuxième verre de blanc, s’affale au fond de la banquette en secouant la tête. Elle ferme les yeux en attendant de se réveiller, se concentre de toutes ses forces pour reprendre le contrôle de ses pensées et mettre fin à ce rêve angoissant. Elle tient son visage dans ses mains et tente de se soustraire à cette scène complètement absurde.

Le bruit du verre sur la table en marbre la sort de sa torpeur. Le garçon est planté devant elle, le ticket à la main.

-        Voilà, Madame, ça fera cinq Euros cinquante.

-        Excusez-moi, lui demande-t-elle, vous pouvez me dire quel jour nous sommes ?

-        Jeudi, Madame, le 23 avril.

Elle sort la monnaie du portefeuille en remerciant le garçon. Rien n’a changé. A la deuxième gorgée de vin, elle sent une acidité lui monter à la gorge. Elle doit avoir l’estomac vide… Elle regarde l’heure sur le téléphone : 15h11. Tant qu’elle y est, elle ouvre le message : « T’inquiète, je viendrai t’attendre à la gare, à plus, courage ;) » Elle fourre tout dans le grand sac, se lève et se dirige vers les toilettes. Elle se rince le visage à grandes eaux et se frotte énergiquement la figure. Le maquillage coule. Elle l’essuie au moyen d’une serviette en papier recyclé qui pend au distributeur. Le kraft lui décape le visage. Elle s’enferme dans une des toilettes, s’effondre sur la cuvette et se met à pleurer. 

 Le dîner de Pâques -  Dimanche 8 avril

Ce matin, elle ne se souvient toujours pas de son rêve, pas plus que les autres jours. Elle s’éveille sous une chape opaque et brumeuse en se demandant un instant où elle est. Son regard scrute la pièce, elle enregistre les informations une à une. Tapis mural ligné bleu et blanc, sol en rotin, fenêtre de toit légèrement ouverte. Une vague odeur d’algue s’immisce par la fente. Elle s’assied sur le bord du lit. Son estomac se tord. Elle se lève d’un bond et court vers les toilettes où les spasmes de son ventre n’éructent qu’un peu de bile acide et blanchâtre. Des relents de café lui parviennent d’en bas. L’odeur la dégoûte.

Audrey est affairée dans la cuisine à préparer le petit déjeuner. Elena descend lentement l’escalier en colimaçon.

-        Ah, te voilà ! Je pensais que tu ne te réveillerais jamais !

-        Quelle heure est-il ? s’enquiert Elena.

-        Presque onze heures. Ça ne te ressemble pas du tout, tu sais. Tu es plutôt matinale d’habitude… Allez, viens t’asseoir. Café ? Deux sucres ? dit Audrey en joignant le geste à la parole.

-        Non merci.

Audrey suspend son acte et se retourne vers Elena la capsule de café à la main.

-        Un Nespresso ! Lungo Legero, celui que tu préfères…

-        Non merci, répète Elena. Je suis un peu barbouillée ce matin et l’odeur de café me donne la nausée.

-        Eh bien ça, c’est bien la première fois ! C’est ton carburant le café. Tu dis toujours que tu ne sais pas fonctionner en mode eco, que tu consommes au moins 0,2 L/heure.

-        Désolée Audrey, mais là, je ne saurais pas.

-        Oh, et puis arrête de m’appeler Audrey, tu vas finir par me vouvoyer !

Elena la regarde d’un air accablé. Elle se demande comment elle peut avoir une sœur qui lui semble si éloignée d’elle. Si différente, même physiquement. L’allure sportive et masculine d’Audrey contraste avec la délicatesse de la sienne.

-        Comment dois-je t’appeler, alors ?

Audrey hausse les épaules. La situation lui paraît surréaliste au point qu’elle se demande si ce n’est pas elle qui devient folle. Et si c’était une grosse farce ? Elle a envie de secouer sa grande sœur, lui balancer deux gifles et lui remettre ses idées en place. Elle est mal à l’aise. Maladroite.

-        Laisse tomber Lena. Allez, mange quand même quelque chose, puis on ira se promener.

Sur le chemin côtier qui borde la plage, le vent s’est levé. Un peu d’air frais, ça fait du bien, tente Audrey entre quelques autres banalités. Et puis, ça va peut-être te rafraichir les idées… Quelle conne ! s’horripile Elena d’un haussement d’épaules. Elle ne cautionne pas l’humour de sa sœur, ni sa manière de tout aborder au second degré. Elle s’interroge toujours sur le degré d’intimité qu’elle a avec Audrey qui, disparue de ses souvenirs lui apparaît comme une femme peu mature. Pourtant elle a besoin d’elle, là, maintenant. Peut-être plus que jamais ?

Elle a froid dans sa petite veste en cuir à la fermeture cassée. Elle resserre ses bras tout contre sa poitrine pour éviter que le vent la transperce. Audrey trottine quelques pas devant elle, dans son legging Nike et ses baskets fluo. Elle ne tient pas en place.

-        Si le vent se maintient après-midi, on pourra sortir en voile. Tu te souviens ? Tu m’avais promis de m’accompagner une fois…

Puis elle se tape le front du plat de la main.

-        Oh ! je suis bête… J’oublie tout le temps… Elle rit d’un petit rire étouffé qu’elle n’a pas tant envie de cacher. Tu vois, c’est peut-être contagieux ton amnésie… Elle se pince les lèvres et repart aussitôt dans son fou rire nerveux. Tu ne m’en veux pas, hein ? Elle se ravise. De toute façon ce n’est pas ton genre.

Pas son genre ? Elle serait plutôt pacifique, à chercher le compromis, à arranger les bidons, à trouver des solutions ? Et puis quoi d’autre ? Tout d’un coup, Elena ne sait plus si c’est sa sœur ou le portrait que celle-ci fait d’elle qu’elle déteste le plus.

-        Qu’est-ce que je fous ici ? soupire Elena.

Audrey a cessé de trottiner. Elle s’arrête à la hauteur d’Elena qu’elle enserre de ses bras.

-        Je vais te dire ce que je sais : tu m’as appelée le dimanche de Pâques. Tu étais allée au diner que maman fait chaque année. Tu avais amené un gros œuf rempli de petits œufs en chocolat. Pour ça, on ne peut pas dire que tu aies créé la surprise… Mais c’est une autre histoire. Ça s’est passé comme d’habitude, je crois, tout le monde rigolait, se lançait des piques plus ou moins acérées, chacun était finalement content de se revoir. Les enfants se ruaient sur tes chocolats, Basile le premier, et puis Lucas a dit : Ah, Elena, notre poule-pondeuse annuelle. Tout le monde a ri. Pas toi. Puis il a continué : quand est-ce que tu nous en ponds un vrai ?

Elle ne sait pas qui sont Basile, Lucas, à quoi peut ressembler sa mère, ni pourquoi ils lui parlent comme ça. Elle voudrait poser toutes ces questions à Audrey, mais elle la laisse poursuivre.

-        Il paraît qu’il y a eu un grand blanc. Tu les as tous regardés et tu leur as dit : je ne suis pas plus poule que mère et puis je ne sais plus trop quoi, enfin tu voulais dire que tu aurais un enfant quand les poules auront des dents. C’est ça, je crois, qui a tout déclenché. Et puis peut-être aussi le fait que Jean-Marc ne soit pas là… En tous cas tu m’as téléphoné le soir, ce qui ne t’arrive pas souvent, c’est que ça n’allait vraiment pas, et tu m’as dit que tu aurais besoin de prendre un peu l’air. Je ne pouvais pas t’accueillir là tout de suite, sinon je crois que tu aurais pris le train dès le lendemain. On a convenu que tu viendrais le 23. Puis tu m’as juste envoyé tes horaires de train par mail.

Les questions se bousculent dans sa tête, il faudrait faire un tri, prendre des notes, tout remettre en ordre. Elle retient les noms : Basile, Lucas, Jean-Marc. Et puis elle regarde Audrey et demande :

-        Pourquoi n’étais-tu pas là si c’était le diner de famille rituel ?

Audrey n’embraye pas, non. Elle marque un temps, ouvre la bouche, la referme. Elle semble déstabilisée par la remarque de sa sœur. Ses yeux se perdent sur le chemin de terre et courent jusqu’à la mer et bien au-delà.

-        J’ai pas envie de remuer ça. Pas maintenant. Il y a plus important. Faut s’occuper de toi, de ta mémoire.

D’ailleurs, elle a pensé qu’Elena devrait aller voir un médecin. Cela fait trois jours qu’elle est là et rien n’a changé. Elle a toujours ses nausées le matin, c’est peut-être une commotion. Et puis Audrey n’ose pas encore lui dire, mais elle ne va pas pouvoir l’héberger plus longtemps.

Marie-Astrid

*****

Trouvaille

 J’étais perdue dans mes pensées, préoccupée déjà par ce qui m’attendait plus tard. J’enchaînais  la routine de fin de journée comme un automate : les chaises sur les tables, les poubelles au conteneur, et en me dirigeant vers la cuisine, après avoir éteint les lumières de la salle, je ne saurais dire si mes yeux l’ont attrapé ou si c’est lui qui s’est projeté vers mon regard. Toujours est-il qu’il était glissé entre les coussins de la grande banquette. J’aurais dû retourner vers le comptoir et le déposer près de la caisse, dans la boîte des objets perdus, avec le trousseau de clé et de la petite moufle rose. Mais j’étais pressée de rentrer et je l’ai glissé dans mon sac. Demain, il rejoindrait les autres objets en sursis depuis des semaines, jusqu’au grand saut du nettoyage par le vide.

 J’ai changé mes ballerines contre des bottines, attaché mon blouson, enfilé le casque que Matt me tendait. Je l’ai laissé me raccompagner, comme il le faisait souvent à la fermeture. Il disait qu’il avait trop besoin de moi au service pour risquer que je me fasse agresser entre le salon de thé et mon appartement.

Portrait imaginaire

J’ai affaire à un amateur de foot, suffisamment amateur pour noter l’horaire d’un match à la télé.  Et pour garder une photo de footballeur italien… bizarre pour un gars… ou bien il est homo… Et ce ticket, daté de 2005, en anglais, je me demande de quel pays, les Etats-Unis, souvenir de voyage d’étudiant, en 2005, ça fait neuf ans… ça  lui en fait 27, 28…

Et ce chouchou… qui peut coller un chouchou dans son agenda ? Il ne s’en sert pas, sinon il ne l’aurait pas collé. Il le garde. Précieusement ; comme un souvenir. Ou pour le rendre à quelqu’un.

Et il garde un paquet de chewing-gums dans son calepin… en souvenir aussi ? Ou il a mauvaise haleine… . Oh, bravo, un homo, fétichiste, amateur de foot et qui pue de la gueule… Bravo, ma fille, le gros lot ! Arrête de feuilleter ce truc, c’es pas la peine… 

Ah, Tiens… l’expo Jules Verne… on aime la culture. Peut-être pas un footeux, finalement… quoique, s’il est homo, ça peut coller…Oh, Esther… ce sont des stéréotypes, tu caricatures, un peu de subtilité, bon sang, t’es bien serveuse chez un glacier, toi… es-tu cruche pour autant ? Bon… c’est donc un footeux qui visite des expos… Arrête, si ça se trouve, … et puis, on s’en fiche… on verra bien … ou pas…

 Dimanche 8 avril - Dîner de famille

Je viens surtout pour les petits. Tout seul, parce que le paternel n’a pas envie de « voir défiler mes petits amis » ; il s’imagine que j’en change toutes les semaines. Alors, il fait comme si j’étais célibataire.  Il n’y a que les femmes qui comprennent. Leona (sa compagne) et Agnès (ma grande sœur), et maman, mais bon… Je suis passé déposer des fleurs au cimetière hier.  J’ai planté des bulbes de jonquilles en fleur. Elles refleuriront l’an prochain.

Agnès a préparé l’apéro : elle s’est surpassée.  Verrines aux œufs de lompe,  demi-œufs de caille en aspic,  toasts au pâté de lapin de Pâques, … Elle a épuisé toute la thématique. Les serviettes sont dans le thème aussi. Elle a même trouvé une barrette avec trois petits poussins pour tenir la frange de la petite.

Pierre va encore nous gratifier d'un petit laïus de pseudo-œnologie en ouvrant avec une cérémonieuse majesté un mousseux moyen, estampillé Champagne, persuadé qu'il est que nos pauvres papilles sont baratinables à souhait.

Papa nous annoncera fièrement qu'il nous a gardé son plus beau gigot d'agneau, une pièce magnifique, vous m'en direz des nouvelles, ça fond dans la bouche, ça a à peine vu l'herbe...

Manon se mettra à pleurer : « BonPa, Lorenzo a dit qu'on va manger un bébé mouton que tu as tué avec ton couteau, c'est pas vrai, hein ? » Yohann dira que si, c'est vrai, qu'est-ce que tu crois et se fera rabrouer par son père. Le paternel lèvera les yeux au ciel en soupirant, "Mais, non, c'est du poulet", dira Leona.

Xavier, mon frère, arrivera pour le dessert parce que son ex lui a ramené la gamine en retard. «  On vous a gardé du gigot de poulet ! », je dirai, pendant que Papa haussera les épaules.  « Vous allez en faire de lopettes…. »

Les enfants sortiront dans le jardin et Agnès aidera à ranger la cuisine – on ne va pas laisser ça comme ça !

Je laisserai Xavier faire semblant de s’intéresser aux performances du nouveau monospace de Pierre et j’irai jouer au foot avec les enfants. Filles contre garçons, mais moi chez les filles parce que sinon, c’est pas équilibré. C’est bon d’être facteur d’équilibre…

Isabelle R

*****

L'Agnus Dei, le sublime Agnus Dei de Barber parvient inévitablement à me faire monter les larmes aux yeux, une sorte de larmes sournoises, j'en ai une réserve inépuisable dirait-on.

Ce n'est pas sur la voisine, dont on vient de célébrer les obsèques, que je m'épanche aussi discrètement que possible, non, à l'office, je n'y ai assisté que par obligation.

Elle ne me manquera pas la Colette,  ne me saoulera plus avec ses jérémiades d'hypocondriaque !

 J'ai fait une trouvaille à l’église : sous une chaise, près du confessionnal, traînait un drôle de calepin ; intriguée,  je l'ai glissé  dans la poche de mon manteau.

Le soleil a percé au-dessus de la ville. Toute réconfortée, je me dirige vers le Point Chaud, un thé au lait me réchauffera. Décidément, il fait toujours aussi glacial dans les églises !

Onze heures, l'endroit est  bien calme,  cela me convient.

Voyons ma trouvaille, un agenda... De toute évidence le ou la propriétaire ne vit pas dans l'opulence. L'objet est rudimentaire, recouvert de plastique transparent, une photo a été glissée en couverture, c'est le portrait d'un vieille, coiffée d'un foulard bigarré. Ses cheveux gris sont tirés vers l'arrière, elle sourit, son visage est empreint de tristesse, de douceur aussi. Je la verrais bien cultiver la terre, sa peau est ridée comme un champ labouré.

Elle partage la couverture avec un découpage, trois personnages masqués à l'identique : plâtre blancs, sans expression, plutôt sinistres, vêtement noirs.

En arrière-plan, de l'eau, des pilotis, Venise ?

 

Rendez-vous

 La chape de plomb

 Sur la banquette au bois lustré, elle est assise à côté de lui, par habitude plutôt que par choix.

Je le sais, moi, qu'elle ne l'aime plus...

Il tourne la petite cuillère à travers la crème d'un cappuccino dont il a, par habitude, prélevé quelques bouchées gourmandes.

Je connais leur histoire, je peux lire dans leurs pensées, dans l'intimité douloureuse de cette femme et de cet homme qui, bien que mariés, n'habitent plus ensemble ;

Il a dépassé les bornes m'a-t-elle confié un jour ;

Non, ce n'est pas le banal coup de canif dans le contrat ; c'est trop de manipulation, d'autoritarisme, de possession malsaine.

Un grand besoin d'air a décidé la femme à plier bagages.

Mais le voilà toujours à ses basques à la poursuivre à coup de flatteries, de prévenances, d'invitations sournoises et je ne sais quels chantages.

Il irait jusqu'à lui moucher le nez, s'il osait !

Il parle, elle écoute, regard éteint.

Il l'écrase, je le vois bien, moi, c'est une véritable chape de plomb.

-Viens manger chez moi ce soir, j'ai du steak irlandais et le bordeaux que tu aimes.

-On pourrait regarder « La passion selon Saint Mathieu », je l'ai enregistrée, par Herreweghe, extraordinaire, tu aimerais.

-Je t'invite pour le congé du premier mai, en Baie de Somme, on annonce le beau temps, tu m'écoutes ?

Mais quand va-t-elle enfin la savourer, cette délivrance qu'il a tant de mal à lui accorder vraiment ?

Suzanne

*****

Cela est arrivé tout à fait par hasard… un événement anodin… Dans le train que je prenais chaque semaine, sur la tablette, un livre agrémenté d’un post-it « Prenez-moi ». J’ai obéi, par désœuvrement : j’avais la perspective de longues heures vides dans une salle d’attente. C’était un roman, d’auteur et de titre inconnus de moi. Ce fut une révélation.

J’ai toujours lu certes, mais jusqu’alors j’avais été un lecteur inconstant et léger. J’effleurais, de temps à autre, des mots, des lignes à la recherche d’un moment d’évasion. Tout m’était bon pourvu que je m’oublie un instant. Puis, la dernière page tournée, j’oubliais l’œuvre aussi…

Ce roman, que le hasard avait mis entre mes mains, fut donc une révélation. On pouvait lire avec ses tripes, on pouvait lire avec son cœur et son âme. On pouvait lire avec passion et, la dernière ligne parcourue à regret, l’auteur continuait de vous parler longtemps encore.

La semaine suivante, dans le même train, je traversai les wagons jusqu’à trouver un livre abandonné, porteur du même message. Et il en fut ainsi la semaine suivante, et la suivante, et chaque semaine.  Ou presque … peut-être, ce jour-là, quelqu’un m’avait-il devancé…

J’attendais maintenant impatiemment mon jour de train : les romans s’accumulaient, un univers se dessinait. Celui de l’inconnu qui m’entraînait dans ses lectures. J’aurais voulu l’apercevoir, faire sa connaissance, échanger avec lui. Ou avec elle ?

Ses goûts littéraires m’apparaissaient plutôt féminins, enfin pour ce que j’en connais : j’aimais imaginer une femme, encore jeune, belle, libre, cultivée. Et malgré mon âge, je me surprenais à des rêveries sentimentales.

Mais tous mes stratagèmes pour découvrir mon inconnue furent vains…

Hier, je suis monté, comme de coutume, dans mon train ; j’ai découvert, comme de coutume, mon livre. Je l’ai empoigné, comme de coutume, pour en examiner avec gourmandise le titre et la couverture, promesses de futures délices… En-dessous du livre, caché par celui-ci, un deuxième volume plus petit et plus mince, sans titre: un calepin. Et, je l’avoue, j’ai subtilisé le tout, avide et honteux comme un voleur. 

Ni nom ni adresse dans ce petit agenda. Quelques notes, des photos, de petits objets collés. J’ai passé ma soirée à les interroger. 

Une femme ? Je ne me suis peut-être pas trompé.  Je voudrais être graphologue pour faire parler ces douces courbes, ces arrondis moelleux… Et puis qui peut emporter avec soi, collées sur une page, fleur séchée, photos de famille, d’enfant, de chien même ?  Qui, sinon une femme.

Une mère de famille ? Non ! Une célibataire plutôt… Une mère n’aurait pas surchargé de points d’interrogation, de numéros de téléphone la photo des siens…

J’imagine plus volontiers une marraine ou une tante aimante, celle qui projette d’accompagner des ados à un « concert jeune public ».  Le rendez-vous a été noté, mais la Tatie n’est pas dévouée au point de renoncer, pour ce concert, à un « week-end à la campagne avec le club », autre rendez-vous pris pour le même jour : le concert est vigoureusement barré et annoté « annulé ». Une Tatie donc, une mère se serait sacrifiée ! 

Peut-être le « week-end à la campagne » est-il organisé par ce club équestre dont les coordonnées ont été soigneusement conservées… A moins qu’il ne s’agisse de suivre ce « Parcours singulier au Cabinet des estampes » dont le programme figure aussi dans l’agenda.

Le portrait se précise : une femme, célibataire, tante et marraine affectueuse de quelques neveux ou nièces, sportive et cultivée. Elle commence à me plaire…

Une grande voyageuse aussi semble-t-il : le serpent asiatique d’une photo et la copie d’un poème malgache voisinent avec un ticket de métro parisien et l’image d’un paquebot… Une femme libre, indépendante, audacieuse…

Et à qui son métier de fonctionnaire –une  fiche de paye en atteste- procure revenus et loisirs… Une enseignante, peut-être ?

Décidément, elle pourrait me plaire… mais, à la réflexion, un doute me saisit. Ne cache-t-elle pas des côtés plus sombres ?

Ces épingles de sûreté en chapelet ? Une anxieuse qui les collectionne au cas où… Que redoute-t-elle tant de perdre ? Sa jupe ou sa vertu ? Cette notice de médicament ? Une hypocondriaque qui la conserve pour en racheter ou pour en consulter à tout instant la liste des  « effets secondaires » ?  

Ce rendez-vous à la « clinique du sommeil » ? Une insomniaque, victime d’une difficulté ponctuelle ou d’une perturbation plus profonde ? 

Et cette réglette de 13 centimètres, coincée entre deux pages ? Est-elle destinée à une vérification exceptionnelle ou témoigne-t-elle d’un usage maniaque ?

Ces lectures… ce carnet, dévolu aux souvenirs plus qu’à l’emploi du temps… Je commence à l’apercevoir, mon inconnue. Forte et fragile, elle vit intensément,  amplifiant le moindre effleurement de la vie, vibrant à la plus petite émotion. Tout fait écho en elle. C’est la femme idéale, celle que j’ai traquée à travers tous ses pâles avatars : ma femme-lyre !

Le dimanche 8 avril : Une réunion de famille

 « J’ai une grande nouvelle à vous annoncer ! » La déclaration suscite à peine une curiosité polie. Mal à l’aise,  elle se lève, tortille ses colliers, réassure ses lunettes, torture une mèche rebelle. 

« Une grande nouvelle ! je lui ai dit « oui » : nous allons nous marier… »

Autour de la longue table nappée de blanc, le silence est tombé, cette fois, tranchant comme au couperet les conversations, éteignant les rires.  Même l’argenterie a cessé de cliqueter contre la porcelaine. Son père s’est étranglé, a recraché sa dernière gorgée de Sancerre sur la soie de sa  cravate et on n’a plus entendu que ses toussotements rauques entrecoupés par les plaintes de Bismarck, le bâtard de tante Adèle, que l’odeur des mets fait gémir spasmodiquement depuis le début du repas.  Dans les assiettes, les tranches de gigot refroidissent, la sauce se fige et les haricots s’amollissent un peu plus encore.

 « Je lui ai dit « oui » ! Nous allons nous marier… », répète Tante Adèle qui ajoute extatique : «Enfin ! »

 Au bas de la table, les plus jeunes sont les premiers à réagir.  Léa et Louis,  à qui leurs quatre et six ans ne permettent pas de comprendre, impressionnés par le silence des adultes, se sont statufiés, bouche ouverte sur une bouillie verdâtre.  Puis Léa, à tout hasard, s’est mise à pleurnicher entre haut et bas guettant la réaction maternelle …: Leurs cousins, trois gamins dont les âges s’étagent entre treize et huit ans se sont mis à ricaner. Les cadets ont regardé l’aîné et quand celui-ci a pouffé dans sa serviette damassée, ils se sont empressés de l’imiter.  Au bout de la table, maintenant, ça chahute, ça ricane, ça se trémousse, ça fredonne de vagues marches nuptiales…

 ELLE, plongée dans la pensée de son agenda perdu, elle a été longue à réagir : dix ans que tante Adèle, la sœur aînée de leur père, la soixantaine bien faite, rassie dans un célibat sans fards ni teinture, se laisse courtiser par son prétendant. Pour la plus grande joie de la famille à qui elle offre un inépuisable sujet de plaisanteries.  Sa tante l’avait entraînée un jour pour lui présenter, de très loin, un petit homme sec, grisonnant, au visage raviné comme une moraine : il rapetassait une chaussure, assis derrière la vitrine de sa boutique. « C’est lui ! »  avait-elle annoncé fièrement avant d’ajouter: « Il insiste… mais je lui ai toujours dit « non » ! Et pout tout… tu me comprends ? » Ses pommettes couperosées étaient devenues toutes rouges.  ELLE lui avait trouvé un visage…intéressant.

Ainsi tante Adèle s’apprêtait au grand saut matrimonial. Et avec son petit cordonnier …

 ELLE a fait des yeux le tour de la table : les réactions des uns et des autres s’étalaient sans vergogne sur les visages.

Ses jeunes neveux s’amusaient beaucoup : l’idée que leur vénérable grand-tante puisse se métamorphoser en mariée, « jeune » par définition, leur semblait du plus haut comique.

 De la bouche de sa mère, ouverte sur un O de stupéfaction indignée, elle entendait sortir de muettes interrogations :   « Faudra-t-il inviter ce petit commerçant aux fêtes de famille? … Comment vais-je l’appeler ?... Sait-il seulement se tenir ? Pourvu qu’il ne boive pas… Vais-je devoir assister à la noce avec la belle-famille ?  Comment devrais-je m’habiller ? Et Adèle ?  elle ne va quand même pas se marier en blanc. »

 Son père, les quintes de toux apaisées et la cravate épongée, était plongé dans un abîme de perplexité.  Oh ! pas difficile de deviner que ses pensées allaient  à l’héritage : sous, maisons,  actions, tous biens d’un sœur célibataire qui devaient retourner dans la famille.  La fortune allait-elle être divisée ? pire dilapidée avant même sa mort ?… Un mari pouvait-il hériter ?  De tout ?  Quel régime matrimonial faudrait-il conseiller ? exiger si possible…Quel testament ?… 

 A voir leurs mines, les mêmes questions devaient agiter ses deux frères … Et au moins l’une de ses belles-sœurs, l’autre étant –comme d’habitude  – occupée à gourmander sa fille tout en  posant sur son mari un regard interrogateur.

 Et quand tante Adèle,  de plus en plus gênée par ce silence qui se prolongeait, avait  secoué son chignon d’un air bravache pour préciser : « C’est à Paris, où nous avons passé un merveilleux week-end, que  nous avons décidé de nous marier.  En août… », elle avait enfin pu surmonter la confusion de ses propres sentiments. Elle s’était levée, s’était approchée de la vieille dame, avait caressé des doigts la main tavelée et embrassé la joue fragile, à la peau si douce sous les lèvres, avant déclarer bien haut pour que tous l’entendent : « Félicitations, Tante Adèle !  Nous vous souhaitons beaucoup, beaucoup de bonheur.  Et j’espère bien être de la noce.  Comme nous tous…» 

 

Rendez-vous

 Dans l’agenda, au 7 mai, un rendez-vous : « 10 heures, médiacité, Pierre pour achat costume mariage ».

Une note  qui d’abord me décourage : ma femme-lyre serait-elle fiancée ?…Puis j’y vois l’occasion d‘assouvir ma curiosité et d’apercevoir, peut-être, mon inconnue... Le 7 mai, cela me laisse une petite semaine pour élaborer une stratégie.

 D’abord, repérage des lieux. Je connaissais mal la médiacité, cet immense temple, sur les quais de Meuse, consacré essentiellement au culte de la fringue. Décourageant comme lieu d’espionnage : plusieurs issues, deux étages, des couloirs sinueux où flânent une foule de badauds.  Comment repérer une inconnue dans ce dédale ?  J’erre entre les rangées de vitrines, puis je trouve.  A moins que Pierre ne souhaite se présenter à la mairie en jean délavé et troué, sweet à capuche sur chemise bariolée et sous blouson de cuir, je ne vois que deux boutiques susceptibles d’habiller un marié conventionnel.  Et heureusement, elles ont vue l’une sur l’autre et sont situées dans la même portion du même couloir.  Si mon Pierre n’est pas un indécrottable anticonformiste, il doit passer par ici.

 7 mai, 9 heures 45, deuxième étage, couloir C.  Je slalome d’une vitrine à l’autre, feignant de contempler avec la plus grande attention les mannequins aux allures affectées. Dans le reflet des vitres,  je surveille les environs. Il encore tôt, les passants sont pressés, ils passent et ne s’attardent guère. Après un quart d’heure de ce manège, je serais capable de décrire tous les costumes, de préciser leur prix et je commence à craindre que le rendez-vous n’ait été annulé.  Un grand noir baraqué s’est bien arrêté, avant d’entrer manipuler des chemises de couleurs vives, mais il est ressorti et s’est éloigné sans que personne ne le rejoigne.  Ensuite j’ai eu successivement la compagnie d’un anonyme tout gris, cheveux, peau et vêtements ; puis d’un vieux monsieur bedonnant et essoufflé - vive la nuit de noces si c’est le futur !  A 10h 05, deux jeunes minets, collés à la vitrine, ont commenté longuement coupe, tissus et prix.  Un choc! et si ma femme-lyre était un homme, homosexuel d’où sa sensibilité … Bonjour les stéréotypes ! Non ! je ne peux, ne veux y croire. 

 Mais voici quelques minutes qu’un petit bonhomme fait les cent pas dans mon dos… Son reflet me renvoie l’image d’un sexagénaire, le pas est ferme, mais les cheveux grisonnent, la silhouette est sèche, mais les joues sont entaillées de plis profonds.  Il s’accroche à notre portion de couloir. Et si ma femme-lyre avait le même âge… Quand l’homme est au bout de son va-et-vient et me tourne le dos, je lance un « Pierre ! » sonore.  Et j’ai le temps de le voir s’arrêter et interroger l’espace des yeux avant de m’engouffrer dans le magasin le plus proche.  C’est Pierre, le futur marié !

 Je repousse les services d’un vendeur obséquieux pour m’activer parmi les rayons.  Disperser les piles de pulls, chambouler l’ordonnance des chemises, éparpiller les cravates, soupeser les vestes et déplier les pantalons,  j’y prendrais presque goût quand soudain ils sont là : Pierre et une femme.  Ils se sont arrêtés à l’autre bout du magasin,  je les vois mal.  Elle semble nettement plus jeune : le silhouette est déliée, le profil net, la chevelure foncée.  Ils se tiennent l’un près de l’autre, sans se toucher ; elle, les mains enfoncées dans les tissus; lui, un peu en retrait, bras ballants. Peu concerné le marié !  Je ne peux entendre les quelques paroles qu’ils échangent et n’ose m’approcher.  A cette heure, le magasin est presque vide.  Puis, quand ils se dirigent vers les cabines d’essayage, je rafle au hasard quelques vêtements et les rejoins.

 Elle est assise devant une porte fermée.  Je feins d’hésiter entre plusieurs boxes pour, d’un coup d’œil oblique, me confirmer ma première impression. Elle a facilement la moitié de l’âge de son Pierre et elle me plaît…  Puis il me faut disparaître.  Les cagibits réservés à l’essayage sont fermés par une porte battante, style saloon.  Celle-ci s’arrête à cinquante centimètres du sol et grince horriblement. Pas moyen de l’entrouvrir discrètement.  Je ne peux plus rien voir, mais maintenant j’entends.  Et il me faut avoir le comportement d’un banal client, j’ai enlevé mes chaussures, mon jeans afin d’exhiber mes mollets que je m’applique à faire entrer dans les pantalons raflés au hasard.  M’emparer de vestes aurait été plus pratique…

 « Le noir vous vieillit et me semble si triste. Essayez plutôt du bleu marine… (silence) Non ! cette coupe  ne vous va pas : elle vous grossit…

- Et ça ? Qu’en pensez-vous ? Adèle m’a recommandé les rayures,  est-ce que je ne fais pas un peu trop maffia italienne, non ? (rires)…

-Vous aimez cette couleur, vous ? maman trouverait certainement ce beige trop clair

-D’accord, pour une fois, avec Madame votre mère : ce costume est trop voyant ».  

Les échanges sont ponctués par les grincements du portillon et entrecoupés par les temps morts des habillages et déshabillages…   Tout ceci ne m’apprend pas grand chose, sinon qu’ils se vouvoient, évitent soigneusement de s’appeler par leurs prénoms, n’échangent aucun mot tendre.  Qui est-elle pour lui ?  Une jeunette, prête à épouser un vieux, feindrait plus de tendresse; une sœur, un cousine  diraient « tu » ; une fille, « papa ». J’en suis là dans ma perplexité lorsque le silence m’alerte.

 Zut ! ils sont partis.  Vite, m’extraire d’un jeans trop serré, enfiler celui qui m’appartient, chausser mes souliers…  Ils sont déjà à la porte du magasin, je m’y précipite, à moitié rhabillé, trébuchant dans mes lacets et oubliant sur mon bras le pantalon trop étroit qui, au passage, déclenche les ullullements de l’alarme antivol.  On m’attrape : « Eh ! vous, arrêtez ! ».  On me repousse à l’intérieur : « Où courez-vous comme ça ? ».  On écoute mes explications embrouillées avec scepticisme : « C’est bon pour une fois, qu’on ne vous y reprenne plus »... Enfin on consent à me laisser sortir. 

 Le couloir de la galerie marchande commence à se remplir : acheteurs, flâneurs, ménagères, travailleurs pressés, étudiants chahuteurs… Pierre et ma femme-lyre ont disparu.  Mais là-bas, cette chevelure brune dansant parmi la foule … Je cours, la rattrape, saisit sa propriétaire par le bras : «  Madame ?… Mademoiselle ?… »   Elle se retourne.  Deux yeux mordorés, pailletés d’or, s’emparent des  miens : « Oui ?? »

Deux yeux mordorés... Ils s'étaient dès l'abord fixés sur les miens, francs, directs, grand ouverts sur l'étonnement d'avoir été si cavalièrement abordée. Ma curieuse... Deux yeux qui s'étaient attaché aux miens sans ciller, jaugeant l'inconnu que j'étais. Mon audacieuse... Puis l'interrogation s'était faite plus insistante, paupières écarquillées et sourcils levés en même temps que des étincelles de sourire dansaient dans les pupilles. Elle attendait confiante, elle accueillait sans méfiance l'inconnu, se réjouissait de l'insolite.  Mon aventureuse...

Et moi, pris d'une subite et stupide timidité, je n'ai pu que balbutier : "Pourriez-vous me dire l'heure, s'il-vous-plaît? "

 Mais ça, c'est dans mes rêves ! La réalité fut tout autre...Deux yeux mordorés se sont fixés sur les miens. La  crainte les a démesurément agrandis; les cils ont battu spasmodiquement pendant que le bras se contorsionnait pour échapper à mon étreinte.  La bouche s'ouvrait sur un cri que j'interrompis en balbutiant stupidement : "Pourriez-vous me dire l'heure, s'il-vous-plaît ?"

Françoise

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10 avril 2015

Un feutre à larges bords

 

C’était la semaine passée… mercredi, oui, le lendemain du jour où on s’est vus, Marcel.

 L’après-midi, trois heures plus ou moins. J’essuyais machinalement des verres qui n’en avaient pas besoin, question de passer le temps.  Le bar était presque vide : juste le vieux qui vient tous les jours pour lire, devant un café, le journal qu’il ne paiera pas, et dans le fond, deux jeunes, un garçon et une fille qui ne laisseraient pas de pourboire. La porte était ouverte et le ventilateur ne brassait que des relents de diesel.

L’homme au chapeau s’est encadré dans l’embrasure de la porte. Il était grand, il a occulté toute la lumière. Il s’est immobilisé un moment qui m’a paru long ; sans doute, il cherchait quelqu’un. Puis il est entré et il s’est assis sur la banquette sans ôter son chapeau, un feutre brun à larges bords. Par cette chaleur, tu imagines !

Sans me jeter un regard il a commandé une chope.

 

Une heure, il est resté là, sans bouger, son chapeau vissé sur la tête, devant sa bière qui tiédissait. Il ne quittait pas des yeux la porte du bar.

Des gens sont arrivés, le café s’est vite rempli, c’est pas grand, tu connais ! Avec son grand corps et son bras étendu sur la banquette, il occupait deux places. Deux touristes ont voulu s’asseoir sur les chaises devant lui. Il les a regardés à peine, il a fait non de la tête en grommelant « occupé ». Les deux autres sont ressortis aussi sec.

 

Au bout d’une heure, une fille est entrée. A le voir, lui, j’ai tout de suite su que c’était elle. Il a ramené son bras, il s’est redressé mais il ne s’est pas levé. Elle a pris tout son temps pour pénétrer dans le bar, comme une qui entre en scène et qui s’apprête à se le faire, son public. Elle était encore jeune, une masse rousse de cheveux crépus, presque jusqu’aux épaules, un pantalon taille basse et un petit top moulant qui ne laissait rien ignorer de ses bouts de seins. Elle s’est plantée devant lui et elle a dit tout haut : « Alors, tu l’enlèves, ce chapeau ! » Et elle a ajouté : « Devant une dame… »

 Moi, au bar, je l’ai bien entendue !

 

Il l’a ôté, son chapeau, avec précaution on aurait dit et il l’a posé sur la table. Son crâne était lisse comme un œuf et blanc, avec une grosse cicatrice rougeâtre qui le coupait en deux.

Le coude sur la table et la joue appuyée sur son poing, elle l’a toisé un moment puis avec un rire sec elle a saisi le feutre sur la table et d’une tape, elle l’a enfoncé dans sa tignasse.

Elle s’est tournée vers moi, debout comme un poireau derrière le bar. Elle a levé le bras et d’une voix claire elle a commandé : « Garçon ... une fine à l’eau, avec des glaçons. »

Je la lui ai servie, sa fine, sans lui jeter un regard.

 

Jenny

 

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28 mai 2014

Un éphémère retour

Il sort en baillant de son étroite demeure, il lace ses sandales et tente  de lisser le lin de son vêtement  froissé par sa longue station dans la couche de pierre. Sorti de son interminable sommeil, il retrouve le jardin familier où s’alignent les demeures de marbre que les pins parasols couvrent de leur ombre mauve.

 Soudain une lointaine clameur coiffe les trilles des merles et les stridulations des cigales.

 Le voilà d’une arène gigantesque de fer et de béton. La clameur s’éclate en beuglements, chants informes scandés, sifflets stridents,  graillements d’aigres trompettes.

La chape de l’angoisse le fige.

Mais il faut pénétrer dans la nuit du couloir. Au bout, fulgurance de la lumière. Au centre d’un immense champ vert cerné de gradins chargés d’une foule vociférant, des athlètes vêtus de rouge ou de mauve coursent une balle de la taille d’un melon. Heurts violents des corps, jambes emmêlées, dures chutes … chaque camp semble vouloir projeter l’objet vers l’une des deux cages dressées aux extrémités de l’arène.

  Près de lui, au pied des gradins, deux filles, immobiles et silencieuses, observent la joute brutale. L’une, debout, casquée de cheveux de jais, lisses et brillants, les jambes maigres chaussées de bottes noires tient en laisse de cuir l’autre, une adolescente massive tapie à ses pieds, le cou serré d’une large bande de cuir. Il recule dans l’ombre du couloir.

 Un coup de sifflet strident arrête brutalement la course des hommes rouges et mauves. Les hordes des gradins déferlent dans l’arène avec des hurlements dont il ne sait si c’est de joie ou de colère. Dans son dos la ruée l’a poussé sur l’herbe verte au milieu de la foule. Ici, on embrasse durement les jouteurs, là on roule sur le sol en se bourrant de coups.

 

Derrière lui un sifflement aigu. Il se retourne. La fille maigre se redresse ; au bout de son bras, la laisse ballante avec le collier de cuir. Il a juste le temps de voir foncer vers lui un molosse noir, la gueule béante sur les crocs. Une masse de muscles le jette sur le sol, l’étau claque sur sa gorge.

Derrière ses yeux, un grand éclair mauve.                                                                                                                                            

                  Et c’est le noir, irrémédiable…

 

Dans le lit de marbre,  un crâne aux orbites vides, des ossements graciles, des lambeaux de lin, une sandale de cuir blanchi.

 JENNY

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27 mai 2014

Gorgone

La journée avait commencé comme toutes les journées. Arnaud prenait le petit déjeuner, deux Cracottes et un café. Comme tous les matins, sa femme s’éternisait dans la salle de bains. Arnaud n’était pas du genre compliqué, aussi lorsqu’ils s’étaient mis en ménage et qu’elle lui avait formellement interdit de la déranger lors de sa toilette matinale, il avait obtempéré sans même poser de question. Avec sa femme, Arnaud avait arrêté de poser des questions. C’était bien comme ça. En buvant son café, donc, Arnaud tapotait distraitement sur son smartphone faisant l’inventaire de ses rendez-vous du jour.

« Tiens, chérie, cria-t-il soudain, je suis libre à midi, si tu veux on peut déjeuner ensemble ?

-          Mais non, lui répondit-elle aussitôt, tu sais bien que le mardi je vais chez le coiffeur »

Ah oui ! Ah oui ! mardi, jour de grand nettoyage : esthéticienne, coiffeur, manucure, la panoplie complète. Sumède (mais oui, c’est son nom, allez savoir pourquoi) faisait de sa beauté un sacerdoce. C’est sans doute pour cela qu’elle étudiait aussi aux Beaux-Arts.

-          Eh bien, lança ironiquement Arnaud, je crains le pire !

La radio annonça qu’un accident venait de se produire et des ralentissements à craindre, aussi Arnaud se pressa soudain pour ne pas arriver en retard à son premier rendez-vous. Monsieur Duchatel était du genre tatillon et pouvait foutre en l’air une négociation pour 5 min de retard. Il traversa le hall et sa galerie de statues – ces figurines d’homme auxquelles Sumède était tant attachée, on ne sait pourquoi, sortes d’exercices de nu qu’elle devait réaliser aux Beaux-Arts, pensait Arnaud. Réalistes, mais pas très esthétiques… Bref, Arnaud cria à Sumède qu’il partait vite, ouvrit la porte et, arrivé dehors, se rendit compte qu’il n’avait pas ses clés. Il rentra, chercha partout en bas, en vain, puis se souvint qu’il devait les avoir laissées dans la poche de son pantalon à la salle de bains. Obnubilé par l’idée de son retard possible, il monta quatre à quatre les escaliers, poussa la porte de la salle de bains. A ce moment, Sumède enleva la serviette qu’elle avait sur la tête et laissa échapper un imbroglio de serpents en lieu et place de ses cheveux. Elle fit face à Arnaud, une face énorme et laide, d’une laideur innommable. Sumède était une gorgone.

« Mais enfin, Chérie, dit calmement Arnaud, ne te mets pas dans cet état ! Quand je te disais que je craignais le pire, c’était, tu sais bien, une façon de parler, c’était ironique, quoi…

-          Ne me regarde pas comme ça, dit-elle d’une voix menaçante.

-          Mais enfin, c’est absurde, calme-toi…

-          Arnaud, ne me regarde pas comme ça !

Sa voix se voulait suppliante, mais en fait elle était caverneuse et rauque.

-          NE ME REGARDE PAS, hurla-t-elle.

Trop tard. Arnaud n’eut pas le temps de réagir, ni d’en dire plus, le regard de feu de Sumède l’avait transformé en statue. Maintenant il comprenait l’origine de la galerie des plâtres…

Maintenant, Sumède remettait tout en ordre - vous avez compris, n’est-ce pas ? Sumède quand tout était en ordre, Méduse quand tout était en désordre.

Pendant ce temps, les files causées par la bétonneuse qui s’était renversée sur l’E40 se résorbaient.

Au même moment, Monsieur Duchatel regarda sa montre et pensa que son fournisseur, Arnaud Lafayette des entreprises Cimentec aurait du retard. Et cela le mit de mauvaise humeur. Il regagna son bureau avec des pieds de plomb.

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Prendre l'air (Nouvelle du concours Prisonnier - Maison de la Francité 2014)

Prendre l’air

 

Elle va prendre l’air. Elle va prendre le large. Elle va sortir de ce deux-pièces exigu aux lambris jaunis, aux murs dont les lambeaux s’attachent encore au plâtras éventré. Décoller l’odeur de graisse et de fumée de ses vêtements. Eteindre la télé, éteindre les bruits de machine, de claquements de portes, d’éclats de voix. Elle va enfiler son manteau, encore tout neuf tellement elle sort peu. Tellement peu de raison de sortir. Pour quoi faire ? T’es pas bien ici ? l’entend-elle lui dire. Bien sûr, elle a tout, la chaleur du poêle à mazout quand elle a le droit l’allumer, la cuisine, équipée de deux becs qui ne servent qu’aux grands jours : le dimanche où sa belle-mère s’invite. Un bec pour les patates à l’eau, l’autre pour la soupe aux oignons. Le minifour pour le rôti, posé sur le frigo qui ne refroidit plus que des bières. Le dimanche c’est jour de fête, elle sort la nappe blanche et les assiettes du mariage. Celles qui ne sont pas ébréchées. Elle sort tout ce qu’elle a, sa belle robe, la seule qu’il lui ait offerte en cinq ans, son peu de maquillage et, face au miroir, elle trace sur ses lèvres un sourire au pinceau. Puis elle dresse la table pendant qu’il est au foot, au foot ou au bar, ou ailleurs, et puis, quelle importance. A midi elle arrive, la belle-mère et son cortège de représailles : n’a-t-elle pas un peu grossi ? Elle devrait faire attention, s’arranger un peu les cheveux, elle lui donnera l’adresse de son coiffeur, il peut faire des miracles. Oui, oui, bien sûr, acquiesce-t-elle poliment. Et elle pense aux miracles, en touillant la soupe aux oignons roussis. L’odeur lui donne des haut-le-cœur. Bientôt il va rentrer, s’asseoir dans le divan et se faire servir une bière. Sa mère va lui caresser la joue en lui demandant s’il n’est pas trop fatigué de sa semaine et noter que sa chemise n’a pas été repassée correctement. Elle va jeter un regard furtif vers elle, qui touille toujours la soupe et pique dans les patates. Depuis sa cuisine, elle ne se retournera pas. A table, ils regarderont le débat politique dominical. Il tapera du poing, invectivera les uns puis les autres dans une exhortation qui n’a d’autre intérêt que faire la conversation à leur place. Puis elle débarrassera la vaisselle dans l’évier et amènera les éclairs au chocolat débordant de crème. Vous en avez de la chance ! répétera la belle-mère, comme chaque semaine, pour noyer le silence. Une vue pareille, c’est vraiment rare ! C’est comme si vous étiez en vacances tout le temps ! Et ils se retourneront vers le front de mer, offert comme une carte postale. C’est là qu’elle se lèvera. A cause de la carte postale. Ou de la belle-mère. Ou des éclairs. A cause du creux dans son ventre et du manque d’air. Elle enfilera son manteau rouge encore tout neuf de n’avoir jamais servi. Elle va prendre l’air. Comment ça, prendre l’air ? Qu’est-ce qu’elle a besoin de sortir ? Et puis, regarde ce ciel : il va pleuvoir. Elle ne va pas sortir comme ça, alors qu’on est dimanche et que les invités sont là ! C’est quoi ces manières ? Elle ne va pas se démonter, elle n’a pas appris ça. Elle hésite un peu, finalement, c’est vrai, c’est dimanche, elle devrait peut-être attendre demain. Mais c’est maintenant qu’elle veut prendre l’air, prendre le large. Ne fais pas ça ! Il la menace. L’air soudain se raréfie. Elle ne va pas pouvoir rester. Ce n’est pas bien, il va lui en vouloir, mais elle ne peut pas faire autrement. Elle va prendre l’air. Les poings de son mari se serrent sur la table. Elle a toujours dit « mon mari », pas « mon homme », comme on dit maintenant. Pourtant elle n’est ni vieille ni coincée. Elle dit mon mari, il dit ma femme. Dans mon mari, il y a cette notion de lien, d’attachement, elle pense plutôt cette corde autour de son cou. Dans ma femme, il y a l’objet qu’elle représente, celle qu’on sort pour être accompagné, celle qui s’occupera de la maison et des enfants pendant que le mari travaille. Les enfants, ils n’en ont plus parlé depuis son retard de règles. Quatre jours de retard, juste le temps d’espérer. Puis tout est rentré dans l’ordre. Depuis, il ne l’a plus touchée. Elle répète : je vais sortir. Il lève la main, ouverte, bien plate. Elle voit saillir ses mâchoires, ses narines se dilater et entend son souffle s’accélérer. Sa mère renchérit, franchement, quelle impolitesse, les abandonner comme ça ! Il élève la voix. Lui intime de rester. Elle va ouvrir la porte et l’entendre hurler, puis elle va la fermer et le son de sa voix sera assourdi, comme les basses d’un woofer. Boum, boum, boooooum. Le son de sa voix ou les battements de son cœur ? Elle va descendre l’escalier. Ses talons claqueront sur le métal. Le métal résonnera dans toute la cage, en écho. Elle enlèvera ses chaussures au palier inférieur, pour stopper ce glas délétère. Elle va ouvrir la porte de l’immeuble où s’engouffre l’air. L’air frais et humide. Elle va le laisser entrer, la bousculer, l’ébouriffer, l’envahir. Elle laissera claquer la porte sur ce courant d’air et remarquera à peine qu’elle n’a pas ses clés. Elle va prendre l’air. L’air de rien. Elle jettera un regard autour, fourrera ses mains dans les poches de son manteau rouge. Y trouvera des lunettes de soleil qu’elle mettra malgré la grisaille. Elle rechaussera ses talons. Dehors, les talons claquent autrement. C’est net, décidé, ça ouvre, ça cadence le pas. Elle prendra l’air. L’air du temps et le temps sera encore clément pour la saison. Elle affichera un sourire de façade sous le rouge de ses lèvres, comme le rouge de ses yeux. C’est le vent le premier, dans une bourrasque, qui lui arrachera une larme. Elle marchera sur le boulevard de la mer, avec ses lunettes et ses talons dans son manteau rouge et son sourire comme une balafre rouge sur son visage mouillé de larmes. Elle avancera comme un phare qui descend dans la brume. On pourra la repérer de loin, mais personne ne regarde une femme marchant le long de la mer un dimanche un peu gris, dans le soir qui va bientôt tomber, bientôt la prendre. Personne ni les maris occupés à ruminer leur colère qu’ils ne savent sur qui passer, ni les belles-mères qui bientôt vont s’en aller, parce qu’il se fait tard et qui claironnent vertes de rage qu’elles espèrent bien que toutes les femmes de tous les fils appelleront pour s’excuser d’une attitude si puérile, si impolie, si peu respectueuse à leur égard. Elle, elle va continuer de marcher jusqu’à ce que bon lui semble. Elle va prendre l’air jusqu’à ce qu’elle n’en ait plus besoin. Alors elle bifurquera, coupera court au boulevard de la mer et à ses arbres alignés, ses belles voitures garées, ses fruits de mer étalés dans des bacs de glace à attendre les clients. Elle enlèvera ses talons et s’enfoncera dans le sable doux et fin. Elle ne saura s’il est chaud ou froid, mais elle pensera que depuis qu’elle habite au bord de la mer, elle n’a jamais mis les pieds sur la plage. Elle éclatera de rire ou peut-être en sanglots, sans doute les deux ensemble parce qu’elle ne saura plus s’il faut en rire ou en pleurer. Elle arpentera la plage, dans le soir qui tombe, jusqu’au brise-lame. Elle refermera son manteau en serrant ses bras contre sa poitrine pour ne pas que le vent le lui arrache. Elle se laissera décoiffer, bringuebaler, tourmenter. Ses lèvres auront un goût salé, d’embruns, un peu amer aussi. Elle avancera sur le brise-lame et les vagues lui lécheront les pieds. Elle restera là un moment sans savoir si elle doit encore se retourner. Que laisse-t-elle derrière elle ? La plage, le boulevard de la mer, les étals des restaurants, les lumières qui s’allument dans les appartements, le poêle à mazout qui craque, la télé toujours allumée et la vaisselle toujours dans l’évier. Des canettes de bières vides sur la table du salon et un cendrier qui déborde, un lit défait et puis quoi ? Pas même quelques regrets. Elle respire un grand coup, une bonne fois pour toutes, et puis elle n’en parlera plus. Elle prend le large.

 

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02 mai 2014

Accord de tel (!)

Accord de tel

Il faut d'abord savoir que l'adjectif tel s'accorde toujours en genre et en nombre.

ACCORD DE TEL DANS TEL QUE SUIVI D'UN NOM

• TEL s'accorde avec le nom qui précède.

 

 

 

 

- J'ai acheté plusieurs outils tels qu’une pelle, une fourche et une hache.

- On ne sait pas encore vraiment vaincre des maladies telles que le cancer.

ACCORD DE TEL NON SUIVI DE QUE

• TEL s'accorde avec le nom qui suit.

- Je vais vous rencontrer à telle heure.
- Les outils, telle la ponceuse, rendent de grands services.
- Elle aime les plantes sauvages, tel le liseron des champs.
- Je collectionne divers objets, telles les pochettes d'allumettes.
- Ce garçon, telle une gazelle, courait sans se fatiguer.
- Après son échec, Annie se sentait tel un loup blessé.

ACCORD DE TEL DANS TEL QUEL, TEL QU'

• TEL s'accorde avec le nom qui précède et auquel se rapporte tel quel.

 

 

- Il a retrouvé ses affaires telles quelles.
- Je vous rends ces livres tels quels.
- Elle retrouvait ces vieilles femmes telles qu'elles avaient toujours été.

 

ACCORD DE TEL DANS COMME TEL, EN TANT QUE TEL

• TEL s'accorde avec le nom auquel renvoie COMME ou EN TANT QUE

 

 

- L'ordinateur est une machine et, comme telle, ne peut mener notre vie. [ comme machine, il...]
- La liberté est un bien précieux et, en tant que tel, il faut la protéger. [en tant que bien, il faut...]

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366 obsolètes à prise rapide

 366 obsolètes à prise rapide

Instructions Voir Les 366 réels à prise rapide)  

Janvier

1. janvier : aujourd'hui aquilon (Le vent du nord). Poétiquement tout vent violent et froid)

2. janvier : aujourd'hui fafelu (Dodu)

3. janvier : aujourd'hui tendron (Jeune fille)

4. janvier : aujourd'hui brelauder (Perdre son temps à des choses futiles)

5. janvier : aujourd'hui privance (Familiarité particulière)

6. janvier : aujourd'hui débine (État misérable. Se dit surtout d’une personne qui fait mal ses affaires)

7. janvier : aujourd'hui fi (Exprime le blâme, le dédain, le mépris)

8. janvier : aujourd'hui bachelette (Jeune fille, souvent gracieuse)

9. janvier : aujourd'hui faquin (Homme de rien, individu méprisable, faiseur d’embarras. Poseur, impertinent)

10. janvier : aujourd'hui tribade (Femme homosexuelle)

11. janvier : aujourd'hui brifer (Manger gloutonnement, bâfrer. Froisser du linge, une

étoffe)

12. janvier : aujourd'hui privauté (Grande familiarité)

13. janvier : aujourd'hui délusoire (Propre à induire en erreur, à tromper, à faire illusion)

14. janvier : aujourd'hui ginguet (Qui a peu de force, peu de valeur)

15. janvier : aujourd'hui infatuer (Inspirer un engouement ridicule)

16. janvier : aujourd'hui salmigondis (Ragoût de plusieurs viandes réchauffées. Se dit des choses qui n’ont ni liaison ni suite, de personnes réunies au hasard)

17. janvier : aujourd'hui fatuité (Suffisance, trop bonne opinion de soi-même)

18. janvier : aujourd'hui turlupin (Homme qui fait des allusions froides et basses, de

mauvais jeux de mots)

19. janvier : aujourd'hui brouillamini (Désordre, confusion, état de ce qui est brouillé, confondu)

20. janvier : aujourd'hui quitterie (Brouille à la suite de laquelle on se quitte)

21. janvier : aujourd'hui désultoire (Qui passe d’une sujet à un autre)

22. janvier : aujourd'hui haha (Obstacle inattendu et désagréable sur le chemin que l’on suit. Au féminin, femme d’une grande laideur)

23. janvier : aujourd'hui marrisson (Tristesse, chagrin)

24. janvier : aujourd'hui badouilleur (Viveur, noceur)

25. janvier : aujourd'hui féminie (L’ensemble des femmes, leurs habitudes, leur domaine)

26. janvier : aujourd'hui valétudinaire (Qui est souvent malade)

27. janvier : aujourd'hui cagade (Décharge de ventre)

28. janvier : aujourd'hui raccoiser (Calmer, apaiser)

29. janvier : aujourd'hui emboiser (Engager quelqu’un par des promesses, des cajoleries à faire ce qu’on désire)

30. janvier : aujourd'hui hourvari (Cri des chasseurs pour ramener les chiens qui sont tombés en défaut. Grand bruit, tapage)

31. janvier : aujourd'hui mômerie (Affectation ridicule d’un sentiment que l’on n’a pas)

Février

1. février : aujourd'hui céladon (Vert pâle tirant sur la couleur du saule ou de la feuille

de pêcher)

2. février : aujourd'hui fesse-mathieu (Usurier sordide, homme qui prête sur gage)

3. février : aujourd'hui vénusté (Grâce, élégance)

4. février : aujourd'hui castelliser (Mener la vie de château)

Franck Paul, 2 janvier 2013! http://open-time.net/

5. février : aujourd'hui rapetassage (Corrections successives dans un texte)

6. février : aujourd'hui faconde (Facilité à parler, fécondité de paroles)

7. février : aujourd'hui icastique (Naturel, sans déguisement, sans embellissement)

8. février : aujourd'hui bégaud (Nigaud, stupide, ignorant)

9. février : aujourd'hui forfante (Personnage qui se vante impudemment)

10. février : aujourd'hui virago (Par dénigrement, fille ou femme de grande taille, qui a les

manières d’un homme)

11. février : aujourd'hui chamboler (Flâner)

12. février : aujourd'hui ravaudage (Besogne faite grossièrement)

13. février : aujourd'hui folliculaire (Journaliste, au sens péjoratif)

14. février : aujourd'hui immarcescible (Qui ne peut se flétrir, qui est incorruptible)

15. février : aujourd'hui quinte (Caprice, mauvaise humeur qui prend tout à coup)

16. février : aujourd'hui syrtes (Sables mouvants, très dangereux pour les navires)

17. février : aujourd'hui frisque (Vif et pimpant)

18. février : aujourd'hui zoïle (Mauvais critique ou critique envieux et méchant)

19. février : aujourd'hui se colloquer (Se placer)

20. février : aujourd'hui réfusion (Action de se répandre sur, de reporter sur)

21. février : aujourd'hui galimart (Galimatias)

22. février : aujourd'hui maine (Une poignée, plein la main)

23. février : aujourd'hui se bronzer (S’endurcir)

24. février : aujourd'hui bretauder (Tondre inégalement)

25. février : aujourd'hui gélasin (Qui a rapport au rire)

26. février : aujourd'hui acédie (Apathie, absence de désir, affaissement de la volonté)

27. février : aujourd'hui conchier (Souiller, salir)

28. février : aujourd'hui regabeler (Chercher des difficultés sur)

29. février : aujourd'hui gendelettre (Homme de lettres, dans un sens ironique)

 

 

 

 

 

Mars :

1. mars : aujourd'hui conglutiner (Joindre deux ou plusieurs corps avec une matière

visqueuse)

2. mars : aujourd'hui gongonner (Se dit de pièces de vêtements qui font des plis et vont

mal)

3. mars : aujourd'hui affolir (Devenir fou)

4. mars : aujourd'hui se condouloir (S’associer à la douleur de quelqu’un)

5. mars : aujourd'hui se relaisser (S’arrêter pour séjourner)

6. mars : aujourd'hui girie (Plainte hypocrite, jérémiade ridicule)

7. mars : aujourd'hui malemort (Mort tragique et cruelle)

8. mars : aujourd'hui bélitre (Homme de rien, homme sans valeur)

9. mars : aujourd'hui guenuche (Petite guenon. Femme petite et laide)

10. mars : aujourd'hui ahontir (Rendre quelqu’un honteux)

11. mars : aujourd'hui coqueter (Courtiser)

12. mars : aujourd'hui à rémotis (À l'écart)

13. mars : aujourd'hui glossographe (Celui qui recueille et explique les mots anciens ou

obscurs d’une langue)

14. mars : aujourd'hui nanan (Tout ce qui est fort agréable, qui a un grand mérite, dont on

veut se faire valoir)

15. mars : aujourd'hui discord (État de ceux qui ne s’accordent pas)

16. mars : aujourd'hui vairon (Qui est d’une couleur incertaine ou variée. Se dit aussi des

yeux quand ils n’ont pas la même couleur)

17. mars : aujourd'hui hurlubrelu (Personne étourdie, qui agit sans réflexion et d’une

manière brusque)

Franck Paul, 2 janvier 2013! http://open-time.net/

18. mars : aujourd'hui alliciante (Qui séduit, qui captive)

19. mars : aujourd'hui coule (Menus gaspillages causés dans une maison, dans une administration, par des domestiques, des employés peu vigilants ou peu délicats)

20. mars : aujourd'hui ribon-ribaine (Coûte que coûte)

21. mars : aujourd'hui godan (Conte, tromperie)

22. mars : aujourd'hui nonobstant (Sans avoir égard à, sans que la chose empêche)

23. mars : aujourd'hui à écorche-cul (En glissant, en se traînant sur le derrière)

24. mars : aujourd'hui cacochyme (De constitution faible)

25. mars : aujourd'hui imbriaque (Ivre, fou, stupide)

26. mars : aujourd'hui alouvi (Qui éprouve une faim insatiable, dévorante, une faim de loup)

27. mars : aujourd'hui dépris (Sentiment par lequel on déprise, et qui est moins fort que le

mépris)

28. mars : aujourd'hui ribote (Excès de table, et surtout de boisson)

29. mars : aujourd'hui impétrer (Obtenir à la suite d’une supplique, d’une requête)

30. mars : aujourd'hui obsolète (Qui est désuet, hors d’usage)

31. mars : aujourd'hui enganter (Enjôler, séduire, gagner complètement)

Avril :

1. avril : aujourd'hui crevaille (Ripaille, repas où l’on mange avec excès)

2. avril : aujourd'hui impollue (Sans tache, non souillée)

3. avril : aujourd'hui assoter (Enticher d’une ridicule passion)

4. avril : aujourd'hui dodiner (Bercer, balancer)

5. avril : aujourd'hui ric-à-ric (Avec une exactitude rigoureuse)

6. avril : aujourd'hui jactance (Hardiesse à se vanter, à se faire valoir)

7. avril : aujourd'hui polypharmaque (Médecin qui a l’habitude de prescrire un grand

nombre de médicaments)

8. avril : aujourd'hui cagnard (Qui a la fainéantise du chien couché)

9. avril : aujourd'hui ingambe (Qui est bien en jambes, léger, dispos, alerte)

10. avril : aujourd'hui bisquer (Éprouver du dépit, de la colère)

11. avril : aujourd'hui écornifler (Prendre, se faire donner çà et là de l’argent, un dîner,

etc)

12. avril : aujourd'hui riflade (Coup, blessure qui ne fait qu’égratigner)

13. avril : aujourd'hui janotisme (Construction vicieuse de la phrase qui donne lieu à des

amphibologies ridicules)

14. avril : aujourd'hui ragoulement (Murmure que fait entendre un chat satisfait)

15. avril : aujourd'hui guingois (Défaut de rectitude, de régularité)

16. avril : aujourd'hui zinzolin (Couleur d’un violet rougeâtre)

17. avril : aujourd'hui janoterie (Niaiserie, simplicité extrême)

18. avril : aujourd'hui bissêtre (Malheur, malaventure)

19. avril : aujourd'hui embâter (Embarrasser, ennuyer)

20. avril : aujourd'hui riocher (Rire un peu, rire dédaigneusement)

21. avril : aujourd'hui jober (Railler, moquer)

22. avril : aujourd'hui randon (Course impétueuse, afflux impétueux)

23. avril : aujourd'hui imboire (Humecter de)

24. avril : aujourd'hui caliborgnon (Qui voit mal)

25. avril : aujourd'hui jocrisse (Benêt se laissant gouverner, ou s’occupant des soins du

ménage qui conviennent le moins à un homme)

26. avril : aujourd'hui blandices (Ce qui attire, séduit, par des carresses. Flatteries,

charmes, jouissances)

Franck Paul, 2 janvier 2013! http://open-time.net/

27. avril : aujourd'hui entregent (Adresse à se conduire dans le monde, à se lier, à obtenir

ce qu’on désire)

28. avril : aujourd'hui riotte (Querelle, dispute)

29. avril : aujourd'hui lantiponner (Tenir des discours frivoles, inutiles et importuns)

30. avril : aujourd'hui rarescent (Qui devient rare)

 

 

Mai :

1. mai : aujourd'hui fadet (Un peu fade)

2. mai : aujourd'hui lendore (Personne lente et paresseuse, qui semble toujours

assoupie)

3. mai : aujourd'hui brindezingue (Être ivre)

4. mai : aujourd'hui à l’envi (À qui mieux mieux, en rivalité)

5. mai : aujourd'hui sabouler (Houspiller, tirailler, malmener)

6. mai : aujourd'hui logophile (Qui aime parler)

7. mai : aujourd'hui rasibus (Tout contre, tout près)

8. mai : aujourd'hui callipyge (Qui a de belles fesses)

9. mai : aujourd'hui mâche-dru (Gros mangeur, gourmand)

10. mai : aujourd'hui ébaubi (Qui exprime une grande surprise)

11. mai : aujourd'hui s’évaltonner (Prendre un ton dégagé, s’émanciper)

12. mai : aujourd'hui safre (Qui se jette avidement sur la nourriture)

13. mai : aujourd'hui misologue (Ennemi de la raison)

14. mai : aujourd'hui rémora (Obstacle, retardement)

15. mai : aujourd'hui naqueter (Attendre longtemps à la porte de quelqu’un comme ferait

un naquet)

16. mai : aujourd'hui abstème (Qui ne boit pas de vin)

17. mai : aujourd'hui mafflé (Qui a de grosses joues)

18. mai : aujourd'hui ébaudi (Mis en allégresse)

19. mai : aujourd'hui faufiler (Introduire)

20. mai : aujourd'hui salauderie (Acte, parole de salaud)

21. mai : aujourd'hui pasquille (Plaisanterie grossière, insultante)

22. mai : aujourd'hui rimbobo (Mot italien qui signifie retentissement)

23. mai : aujourd'hui piaffe (Faste, ostentation, vaine somptuosité en habits, en meubles,

en équipage, pour attirer l’attention sur soi)

24. mai : aujourd'hui camarde (Qui a le nez court et plat)

25. mai : aujourd'hui malévole (Qui a de mauvaises intentions)

26. mai : aujourd'hui endémenée (Qui se démène, excitée)

27. mai : aujourd'hui florès (Se livrer à une démonstration brillante. Réussir d’une

manière éclatante, se faire remarquer par sa dépense, être à la mode)

28. mai : aujourd'hui tabut (Trouble, tumulte)

29. mai : aujourd'hui pasquin (Méchant diseur de bons mots)

30. mai : aujourd'hui rôlet (Petit rôle ; ne se dit figurément que pour signifier la vie, le

rôle de chacun)

31. mai : aujourd'hui rifler (Écorcher. Piller, voler)

 

Juin

1. juin : aujourd'hui frusquin (Ce qu’on a d’argent ; l’avoir en général)

2. juin : aujourd'hui maroufle (terme de mépris qui se dit d’un homme grossier)

3. juin : aujourd'hui endêver (Enrager, avoir grand dépit de quelque chose)

4. juin : aujourd'hui forfaire (Faire quelque chose contre le devoir, contre l’honneur)

Franck Paul, 2 janvier 2013! http://open-time.net/

5. juin : aujourd'hui tarabuster (Importuner, contrarier par des interruptions fréquentes,

du bruit, des discours à contretemps)

6. juin : aujourd'hui patarafe (Assemblage de traits informes, de lettres confuses et mal

formées)

7. juin : aujourd'hui sot-l’y-laisse (Morceau très délicat qui se trouve au-dessus du

croupion d’une volaille)

8. juin : aujourd'hui cascaret (Homme d’apparence chétive. Misérable)

9. juin : aujourd'hui matoise (Qui a, comme le renard, la ruse et la hardiesse)

10. juin : aujourd'hui endosse (Toute la peine, toute la responsabilité de quelque chose)

11. juin : aujourd'hui forligner (Dégénérer de la vertu de ses ancêtres)

12. juin : aujourd'hui tardité (Lenteur à apprendre)

13. juin : aujourd'hui peccavi (Se dit de tout aveu qui coûte)

14. juin : aujourd'hui tantinet (Une très petite quantité)

15. juin : aujourd'hui battologue (Écrivain qui se répète)

16. juin : aujourd'hui affété (Qui est plein d’affection, prétentieux)

17. juin : aujourd'hui mauclerc (Homme ignorant)

18. juin : aujourd'hui foucade (Élan capricieux et passager)

19. juin : aujourd'hui gabatine (Action de faire accroire en se moquant)

20. juin : aujourd'hui torquet (Ce qui cache une embûche, une attaque)

21. juin : aujourd'hui pétoffe (Affaire ridicule, querelle futile)

22. juin : aujourd'hui tarare (Interjection familière qui marque la moquerie, le dédain)

23. juin : aujourd'hui bigarrure (Réunion de choses disparates)

24. juin : aujourd'hui cautèle (Finesse, prudence mêlée de ruse)

25. juin : aujourd'hui mirliflore (Jeune homme qui fait l’agréable, le merveilleux)

26. juin : aujourd'hui gaudir (Manifester sa joie)

27. juin : aujourd'hui gaber (Plaisanter, se moquer)

28. juin : aujourd'hui tricoterie (Petite malice, petite finesse)

29. juin : aujourd'hui plumitif (Employé aux écritures, commis de bureau. Adjectivement.

Mauvais écrivain)

30. juin : aujourd'hui tissure (Liaison de ce qui est tissé)

 


Juillet

1. juillet : aujourd'hui azurine (Qui est d’un bleu pâle, tirant sur le bleu d’azur)

2. juillet : aujourd'hui bonace (État de la mer pendant un calme plat)

3. juillet : aujourd'hui honnir (Couvrir publiquement de honte)

4. juillet : aujourd'hui gobelotter (Boire à plusieurs coups. Faire une partie de table)

5. juillet : aujourd'hui trigaude (Qui use de détours, de mauvaises finesses)

6. juillet : aujourd'hui pointille (Contestation, dispute sur un sujet fort léger)

7. juillet : aujourd'hui ubéreuse (Qui produit beaucoup, féconde)

8. juillet : aujourd'hui céladon (Avec ironie, amant délicat et langoureux)

9. juillet : aujourd'hui muche (Jeune homme timide)

10. juillet : aujourd'hui infatuer (Inspirer un engouement ridicule)

11. juillet : aujourd'hui gogue (Plaisanterie, divertissement)

12. juillet : aujourd'hui turlutaine (Manie, marotte)

13. juillet : aujourd'hui rebéquer (Répondre et tenir tête à un supérieur)

14. juillet : aujourd'hui uchronie (L’histoire refaite telle qu’elle aurait dû être)

15. juillet : aujourd'hui gâte-papier (Mauvais écrivain)

16. juillet : aujourd'hui affidé (En qui on a confiance, sur qui l’on compte)

17. juillet : aujourd'hui nice (Qui ne sait pas, simple par ignorance)

18. juillet : aujourd'hui malepeur (Peur extrême et pressante)

19. juillet : aujourd'hui gourmade (Coup de poing)

Franck Paul, 2 janvier 2013! http://open-time.net/

20. juillet : aujourd'hui à la venvole (À la légère)

21. juillet : aujourd'hui recorder (Répéter une chose que l’on a apprise par coeur pour

mieux se la rappeler)

22. juillet : aujourd'hui usance (Connaissance des usages)

23. juillet : aujourd'hui maronner (Exprimer sa colère en marmonnant)

24. juillet : aujourd'hui blêche (Faible de caractère)

25. juillet : aujourd'hui nicette (Gracieuse)

26. juillet : aujourd'hui refuite (Trajet que fait une bête chassée. Retardements, détours

d’une personne qui veut échapper à quelque chose)

27. juillet : aujourd'hui gourmée (Qui a l’air raide et composée)

28. juillet : aujourd'hui vulgivague (Qui se livre à l’amour banal, qui se prostitue)

29. juillet : aujourd'hui rhapsoder (Mal raccommoder, mal arranger (au sens figuré aussi))

30. juillet : aujourd'hui vertigo (Caprice, fantaisie)

31. juillet : aujourd'hui nasarde (Chiquenaude sur le nez)

 

Août :

1. août : aujourd'hui galetas (Logement pratiqué sous les combles)

2. août : aujourd'hui ocieux (Oisif)

3. août : aujourd'hui martel (Inquiétude, ombrage, souci)

4. août : aujourd'hui halenée (Bouffée d’air qu’on souffle par la bouche, parfois

accompagnée d’odeur)

5. août : aujourd'hui aboucher (Mettre face à face, en conférence)

6. août : aujourd'hui rogaton (S’est dit par plaisanterie pour requête, supplication)

7. août : aujourd'hui casement (Intérieur, chez soi)

8. août : aujourd'hui chattemite (Personne affectant des manières humbles et flatteuses)

9. août : aujourd'hui oculé (Qui a de bons yeux)

10. août : aujourd'hui postéromanie (L’envie d’avoir des descendants, des héritiers)

11. août : aujourd'hui harper (Saisir et serrer avec les mains)

12. août : aujourd'hui apostille (Annotation en marge ou au bas d’un écrit)

13. août : aujourd'hui schibboleth (Difficulté ou épreuve insurmontable qui doit décider

sans réplique de la capacité ou de l’incapacité d’une personne.)

14. août : aujourd'hui chacunière (Mot de plaisanterie signifiant la maison de chacun)

15. août : aujourd'hui touffeur (Exhalaison que l’on sent en entrant dans un lieu où il y a

une grande chaleur)

16. août : aujourd'hui pacant (Rustre)

17. août : aujourd'hui punais (Qui sent mauvais. Qui rend par le nez une odeur infecte)

18. août : aujourd'hui s’impatroniser (S’établir comme chez soi)

19. août : aujourd'hui babil (Abondance de paroles faciles et sans importance)

20. août : aujourd'hui vespérie (Réprimande)

21. août : aujourd'hui concolore (Qui a une couleur uniforme)

22. août : aujourd'hui patenôtre (Se dit des premières prières qu’on apprend aux enfants,

et surtout du pater)

23. août : aujourd'hui feuilliste (Péjorativement, celui qui fait métier d’écrire des feuilles périodiques)

24. août : aujourd'hui coïon (Lâche, poltron, sot)

25. août : aujourd'hui paltoquet (Homme grossier, sans mérite, prétentieux)

26. août : aujourd'hui quinaude (Confuse, honteuse d’avoir eu le dessous)

27. août : aujourd'hui impéritie (Manque d’habileté)

28. août : aujourd'hui battologie (Répétition oiseuse, et presque dans les mêmes termes,

de ce qu’on avait déjà dit)

29. août : aujourd'hui acabit (Qualité bonne ou mauvaise des choses)

30. août : aujourd'hui galimafrée (Mets mal préparé, déplaisant)

31. août : aujourd'hui unissonance (Qualité de ce qui n’a qu’un son)

 

Septembre

1. septembre : aujourd'hui gogaille (Repas joyeux)

2. septembre : aujourd'hui pantophile (Celui qui aime tout)

3. septembre : aujourd'hui tintinnabuler (Produire un son de clochettes)

4. septembre : aujourd'hui impugner (Attaquer, combattre une proposition, un droit)

5. septembre : aujourd'hui berquinade (OEuvre où les réalités de la vie sont peintes à

l’eau de rose)

6. septembre : aujourd'hui à cause que (Parce que)

7. septembre : aujourd'hui happelourde (Pierre fausse, qui a l’apparence, l’éclat d’une

pierre précieuse)

8. septembre : aujourd'hui colas (Homme niais, stupide)

9. septembre : aujourd'hui pécore (Personne stupide)

10. septembre : aujourd'hui abonnir (Rendre bon)

11. septembre : aujourd'hui in poculis (Le verre à la main)

12. septembre : aujourd'hui billevesée (Discours frivole, idées chimériques, vaines

occupations)

13. septembre : aujourd'hui affiquet (Petit objet d’ajustement)

14. septembre : aujourd'hui margouillis (Lieu plein de boue et d’ordure)

15. septembre : aujourd'hui vipérine (Venimeuse comme la vipère)

16. septembre : aujourd'hui aliboron (Homme ignorant et stupide)

17. septembre : aujourd'hui pecque (Femme sotte et impertinente qui fait l’entendue)

18. septembre : aujourd'hui accagner (Poursuivre quelqu’un en l’injuriant ; aboyer après

lui comme font les chiens)

19. septembre : aujourd'hui interlope (Qui opère ou se fait en fraude)

20. septembre : aujourd'hui bisbille (Petite brouillerie, querelle sur des objets futiles)

21. septembre : aujourd'hui ahan (Grand effort, tel que celui que fait un homme qui fend

du bois ou soulève un fardeau pesant)

22. septembre : aujourd'hui raout (Réunion, fête où l’on invite des personnes du monde)

23. septembre : aujourd'hui zest (Interjection familière et ironique dont on se sert pour

repousser ce que dit une personne. Elle indique aussi la promptitude)

24. septembre : aujourd'hui courantine (Personne qui aime à vagabonder)

25. septembre : aujourd'hui poiloux (Homme de néant, misérable)

26. septembre : aujourd'hui acoquiner (Attirer par une habitude à laquelle on prend

plaisir)

27. septembre : aujourd'hui labile (Sujet à tomber, à faillir)

28. septembre : aujourd'hui bluette (Petite étincelle qui pâlit et s’éteint aussitôt)

29. septembre : aujourd'hui ahi (Exprime le sentiment d’une grande douleur)

30. septembre : aujourd'hui salébreux (Raboteux, rocailleux)

Octobre :

1. octobre : aujourd'hui incarnat (Qui est d’un rose vif, proche de la couleur de la chair)

2. octobre : aujourd'hui rafalée (Celle qui a subi des revers de fortune)

3. octobre : aujourd'hui adoniser (Embellir)

4. octobre : aujourd'hui malitorne (Qui a mauvaises façons et mauvaises manières)

5. octobre : aujourd'hui cacographe (Personne qui fait de nombreuses fautes

d’orthographe)

6. octobre : aujourd'hui bastante (Suffisante pour, capable de)

Franck Paul, 2 janvier 2013! http://open-time.net/

7. octobre : aujourd'hui vespéral (Qui appartient, qui a rapport au soir)

8. octobre : aujourd'hui crapoussine (Personne petite, grosse et mal faite)

9. octobre : aujourd'hui rapin (Se dit, dans les ateliers de peinture, d’un jeune élève que

l’on charge des travaux les plus grossiers et des commissions)

10. octobre : aujourd'hui amatiner (Faire lever quelqu’un de bon matin)

11. octobre : aujourd'hui musser (Cacher)

12. octobre : aujourd'hui calembredaine (Bourde, vain propos, faux-fuyant)

13. octobre : aujourd'hui billebaude (Confusion, désordre)

14. octobre : aujourd'hui avocassier (Qui a rapport aux mauvais avocats)

15. octobre : aujourd'hui vileté (Bas prix d’une chose ; son peu d’importance)

16. octobre : aujourd'hui apoco (Homme de peu d’esprit, de peu de valeur)

17. octobre : aujourd'hui rebrasser (Retrousser)

18. octobre : aujourd'hui apiéger (Apprivoiser, au sens propre et au figuré)

19. octobre : aujourd'hui nesciemment (Sans le savoir, imprudemment)

20. octobre : aujourd'hui cassade (Défaite, mensonge, mauvaise excuse)

21. octobre : aujourd'hui biscotin (Petit biscuit ferme et craquant)

22. octobre : aujourd'hui béjaune (Oiseau jeune et niais, qui a encore le « bec jaune »)

23. octobre : aujourd'hui politie (Société et gouvernement)

24. octobre : aujourd'hui boniface (Se dit d’une personne d’un caractère bénin, crédule,

presque jusqu’à la niaiserie)

25. octobre : aujourd'hui recru (Excédé de fatigue)

26. octobre : aujourd'hui s’atêter (S’attaquer à)

27. octobre : aujourd'hui obvier (Prévenir un mal, un inconvénient)

28. octobre : aujourd'hui cataglottisme (Emploi de mots recherchés)

29. octobre : aujourd'hui bredi-breda (Avec précipitation, confusément)

30. octobre : aujourd'hui chafouin (Personne petite, grêle comme une fouine, et qui à la

mine sournoise et rusée)

31. octobre : aujourd'hui las (Interjection plaintive)

 

Novembre :

1. novembre : aujourd'hui madré (Marbré, tacheté)

2. novembre : aujourd'hui ribaud (Impudique, luxurieux. Personne qui fréquente

habituellement les endroits mal famés)

3. novembre : aujourd'hui atourner (Parer, avec un sens ironique)

4. novembre : aujourd'hui se panader (Marcher avec ostentation, comme un paon)

5. novembre : aujourd'hui causailler (Parler inconsidérément, avec indiscrétion, à tort et

à travers)

6. novembre : aujourd'hui brimborion (Chose sans valeur et sans utilité)

7. novembre : aujourd'hui fallace (Disposition à tromper)

8. novembre : aujourd'hui croque-lardon (Parasite, personne qui cherche des invitations

à dîner)

9. novembre : aujourd'hui rigri (Sot, vilain)

10. novembre : aujourd'hui badaudaille (Assemblée de badauds)

11. novembre : aujourd'hui paraguante (Présent fait pour quelque service)

12. novembre : aujourd'hui cédule (Papier par lequel on notifie quelque chose)

13. novembre : aujourd'hui callipédie (Art de procréer de beaux enfants)

14. novembre : aujourd'hui godelureau (Jeune homme étourdi qui fait le joli coeur auprès

des femmes)

15. novembre : aujourd'hui fluante (Qui ne dure pas)

16. novembre : aujourd'hui aroutinée (Qui a pris la routine d’une chose)

17. novembre : aujourd'hui robin (Bouffon, sot, facétieux)

Franck Paul, 2 janvier 2013! http://open-time.net/

18. novembre : aujourd'hui baguenaude (Ineptie, niaiserie)

19. novembre : aujourd'hui parangonner (Comparer)

20. novembre : aujourd'hui clabaud (Chien courant, à oreilles pendantes qui, à la chasse,

aboie à tout propos. Personne qui clabaude)

21. novembre : aujourd'hui chape-chute (Bonne aubaine due à la négligence ou au malheur d’autrui)

22. novembre : aujourd'hui lésine (Épargne sordide, grande avarice)

23. novembre : aujourd'hui comprenette (Intelligence)

24. novembre : aujourd'hui croque-note (Musicien pauvre, sans talent et sans ressources)

25. novembre : aujourd'hui rodomont (Fanfaron qui vante sa bravoure pour se faire valoir

ou se faire craindre)

26. novembre : aujourd'hui baisailler (Faire des visites ennuyeuses, inévitablement accompagnées de baisers)

27. novembre : aujourd'hui patricotage (Intrigues, petites menées)

28. novembre : aujourd'hui concetti (Pensées brillantes, mais que le goût n’approuve pas)

29. novembre : aujourd'hui congru (Qui est conçu ou qui s’exprime en termes exacts et précis)

30. novembre : aujourd'hui mâtine (Personne grossière ou désagréable)

Décembre :

1. décembre : aujourd'hui ripopée (Mélange que les cabaretiers font des différents reste

de vins)

2. décembre : aujourd'hui roger-bontemps (Personne qui vit sans aucune espèce de

souci)

3. décembre : aujourd'hui barguignage (Hésitation, lenteur à se décider)

4. décembre : aujourd'hui perlustration (Action de parcourir vite)

5. décembre : aujourd'hui contasserie (Petites nouvelles, ragots)

6. décembre : aujourd'hui diantre (Juron que l’on emploie par euphémisme pour «

diable »)

7. décembre : aujourd'hui patelin (Se dit d’une personne souple, d’une douceur

artificieuse)

8. décembre : aujourd'hui entrefesson (Partie du corps située entre les deux cuisses)

9. décembre : aujourd'hui rogue (Arrogant, avec une nuance de rudesse en plus)

10. décembre : aujourd'hui bibeloter (S’occuper à de petits travaux sans importance)

11. décembre : aujourd'hui pignocher (Manger négligemment et par petits morceaux)

12. décembre : aujourd'hui craquerie (Mensonge par exagération, par gasconnade ;

hâblerie)

13. décembre : aujourd'hui encan (Vente publique à l’enchère)

14. décembre : aujourd'hui aménité (Agrément accompagné de douceur)

15. décembre : aujourd'hui tancer (Réprimander)

16. décembre : aujourd'hui autrice (Féminin d’auteur)

17. décembre : aujourd'hui roquentin (Vieillard ridicule qui veut faire le jeune homme)

18. décembre : aujourd'hui boursiller (Se cotiser, fournir chacun une petite somme pour

une dépense commune)

19. décembre : aujourd'hui pourpenser (Méditer longuement, examiner avec attention,

avec réflexion)

20. décembre : aujourd'hui croquignole (Chiquenaude)

21. décembre : aujourd'hui fanfreluche (Chose légère, sans consistance)

22. décembre : aujourd'hui domesticisme (État de celui qui a perdu tout sentiment

d’indépendance et se plie à toute domination)

23. décembre : aujourd'hui rocambole (Plaisanterie usée, objet futile, sans valeur)

 

Franck Paul,  http://open-time.net

 

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366 réels à prise rapide

 366 réels à prise rapide

Les 366 réels à prise rapide sont des exercices de style tels qu'en propose le recueil éponyme de Raymond Queneau. En vous inspirant des règles qui suivent, vous écrirez chaque jour ou de temps en temps, de courts textes.

 Écrivez sur le vif.

Comme si vous utilisiez un carnet de croquis, écrivez dès que l'idée de votre texte germe dans votre esprit, particulièrement si vous venez d'assister à la situation que vous souhaitez évoquer. Munissez-vous d'un carnet ou d'un petit agenda, et des photocopies des pages qui suivent.

 N'écrivez pas plus de 100 mots.

C'est-à-dire, à l'échelle d'un petit carnet, environ 10 lignes.

 Transcrivez des éléments réels de votre journée.

Interdiction d'inventer des événements ou de vous référer à une journée antérieure.

 Suivez la consigne thématique de la date correspondant.

Les pages suivantes font correspondre chaque date à une sorte de thème. Tout en restant fidèle au réel, il s'agit d'adopter un angle de vue particulier. Même si la consigne vous semble abstraite, rattachez-la à votre journée ou à un détail de cette journée.

 Ouvertures

 Toutes les interprétations sont possibles. En répondant par exemple à « Aujourd'hui à la poubelle », on peut lister ce qu'on met à la poubelle, ou bien des événements du jour jetés, symboliquement, à la poubelle.

Vous pouvez choisir de commencer ou non votre texte par les mots donnés. Vous pouvez même ne pas faire apparaître précisément ces mots dans le texte.

Vous pouvez parfois, pour la même thématique, dresser toute une liste ou bien vous intéresser à un événement en particulier : « Aujourd'hui vite le premier café, vite le chien dehors, vite la porte du bus... » ou bien : «Aujourd'hui vite, premier café, alors pas le temps de penser, plus tard oui, mais le café, sucre, tourne, avalé, voilà... ».

 In : Ecrire sa vie (120 défis d'écriture), de Cécile Bonifas et Sébastien Onze, ed Mango, l'atelier d'écriture.

 

1er janvier ¨ Aujourd'hui résolutions révolutions.

2 janvier ¨Aujourd'hui bleu.

3 janvier ¨ Aujourd'hui taper.

4 janvier ¨ Aujourd'hui le plus petit des petits riens.

5 janvier¨ Aujourd'hui acheté.

6 janvier ¨ Aujourd'hui que deviendra cet enfant plus tard ?

7 janvier ¨ Aujourd'hui surprise.

8 janvier ¨ Aujourd'hui une question lue, quelque part.

9 ja18nvier ¨ Aujourd'hui tentative de liberté.

to janvier ¨ Aujourd'hui livre posé.

11 janvier ¨ Aujourd'hui à midi pile.

12 janvier ¨ Aujourd'hui description du comportement des humains.

13 janvier ¨ Aujourd'hui ce qui ne fonc­tionne pas.

14 janvier ¨Aujourd'hui transparences.

15 janvier ¨ Aujourd'hui j'attends.

16 janvier ¨ Aujourd'hui mal.

17 janvier ¨ Aujourd'hui, film dont vous êtes le héros.

18 janvier ¨ Fragment d'aujourd'hui raconté en recette de cuisine.

19 janvier ¨ Aujourd'hui dilemme.

20 janvier ¨ Aujourd'hui sans pitié.

21 janvier ¨ Aujourd'hui dégoût et des couleurs.

22 janvier ¨ Aujourd'hui la force.

23 janvier ¨ Aujourd'hui mélange.

24 janvier ¨ Aujourd'hui c'est long.

25 janvier ¨ Aujourd'hui ce qui vous empêche d'écrire.

26 janvier ¨ Aujourd'hui numéro en couleur.

27 janvier ¨ Aujourd'hui journée des pieds.

28 janvier ¨ Aujourd'hui bu.

29 janvier ¨ Aujourd'hui une princesse.

30 janvier ¨ Aujourd'hui oublié de.

31 janvier ¨ Aujourd'hui moment lumi­neux.

1er février ¨ Aujourd'hui coup.

2 février ¨ Aujourd'hui toujours par deux.

3 février¨ Aujourd'hui question idiote.

4 février ¨Aujourd'hui ça me regarde.

5 février ¨Aujourd'hui vêtement.

6 février¨ Aujourd'hui celui ou celle qui dit « oui ».

7 février ¨ Aujourd'hui c'est presque.

8 février ¨ Aujourd'hui tourne.

9 février¨ Aujourd'hui véhicule.

10 février ¨ Aujourd'hui note.

11 février ¨ Aujourd'hui noir.

12 février ¨ Aujourd'hui l'imprévu.

13 février ¨ Aujourd'hui végétal.

14 février ¨ Aujourd'hui actions de votre corps, que des verbes.

15 février ¨ Aujourd'hui serrer.

16 février ¨ Aujourd'hui liste à faire demain sans faute.

17 février ¨ Aujourd'hui certitude absolue.

18 février ¨Aujourd'hui sonnerie.

19 février¨ Fragment d'aujourd'hui raconté en fait divers.

20 février¨Aujourd'hui ce qui pourrait me faire passer pour fou.

21 février ¨ Aujourd'hui hygiène.

22 février ¨ Aujourd'hui quelque chose écrit sur un objet.

23 février ¨ Aujourd'hui musique.

24 février ¨ Aujourd'hui parce que je le vaux bien.

25 février ¨ Aujourd'hui Moi Je.

26 février¨Aujourd'hui machines.

27 février¨Aujourd'hui est un slogan publicitaire pour vous vendre.

28 février ¨ Aujourd'hui froid.

29 février ¨Aujourd'hui jour en trop.

 

 

1er mars ¨Aujourd'hui un compliment.

2 mars ¨ Aujourd'hui difficile de.

3 mars ¨Fragment d'aujourd'hui raconté en statistique.

4 mars¨ Aujourd'hui oreilles.

5 mars¨Aujourd'hui pensée parasite.

6 mars¨ Aujourd'hui il faudrait réparer.

7 mars¨ Aujourd'hui leçon à apprendre par cœur.

8 mars ¨ Aujourd'hui féminité.

9 mars¨ Aujourd'hui debout dans.

10 mars ¨ Aujourd'hui sentiment de déjà vécu.

11 mars ¨ Aujourd'hui blanc.

12 mars ¨ Aujourd'hui facile facile.

13 mars ¨ Aujourd'hui il a dit.

14 mars ¨Aujourd'hui moment de soli­tude.

15 mars ¨Aujourd'hui petite satisfaction personnelle.

16 mars ¨ Aujourd'hui une belle image.

17 mars ¨ Aujourd'hui fallait pas que.

18 mars ¨ Aujourd'hui un moment où j'ai regardé l'heure.

19 mars ¨ Aujourd'hui en toc.

20 mars ¨Aujourd'hui au pied du lit.

21 mars ¨Aujourd'hui ce qu'il en restera dans un an.

22 mars ¨Aujourd'hui le bien le mal.

23 mars ¨ Aujourd'hui toucher.

24 mars ¨ Aujourd'hui super héros.

25 mars ¨Aujourd'hui un air en tête.

26 mars ¨ Aujourd'hui j'éviterai de dire que.

27 mars ¨Aujourd'hui une personne nerveuse.

28 mars ¨ Aujourd'hui action éclair.

29 mars ¨ Aujourd'hui ça change tout le temps.

3o mars ¨ Aujourd'hui je pourrais écrire sur ma tête :

31 mars ¨ Aujourd'hui le monde est petit.

 

1er avril ¨ Aujourd'hui un pur mensonge.

2 avril ¨ Aujourd'hui signature.

3 avril ¨ Aujourd'hui ce que l'on porte.

4 avril ¨Aujourd'hui ceux que l'on porte.

5 avril ¨ Aujourd'hui un mot que j'ai écrit.

6 avril ¨ Aujourd'hui temps qu'il fait.

7 avril¨ Aujourd'hui laisser passer les petits papiers.

8 avril¨Aujourd'hui itinéraire.

9 avril ¨ Aujourd'hui contre le mur.

10 avril ¨Aujourd'hui tout ce qui brille.

11 avril ¨Aujourd'hui moment profes­sionnel.

12 avril ¨ Aujourd'hui ils vont bien ensemble.

13 avril ¨ Aujourd'hui une pièce particu­lière.

14 avril ¨ Aujourd'hui sacs.

15 avril ¨ Aujourd'hui je ne sais pas.

16 avril ¨ Aujourd'hui faux et usage de faux.

17 avril ¨ Aujourd'hui chaleur de.

18 avril¨ Aujourd'hui ça n'aurait pas dû se passer ainsi,

19 avril ¨ Aujourd'hui mains touchées.

20 avril ¨ Aujourd'hui rouge.

21 avril ¨ Aujourd'hui plaque de rue.

22 avrils ¨Aujourd'hui je renonce à.

23 avril ¨Fragment d' aujourd'hui raconté en sondage d'opinion.

24 avril ¨ Aujourd'hui à 11h 30 précises.

25 avril¨ Aujourd'hui la famille.

26 avril¨ Aujourd'hui table de.

27 avril ¨ Aujourd'hui orange.

28 avril¨ Aujourd'hui le confort c'est.

29 avril¨ Aujourd'hui comment lui dire ?

30 avril ¨ Aujourd'hui ce qui craque.

 

 

 1er mai ¨ Aujourd'hui comment je pense à demain.

2 mai ¨Aujourd'hui sucré.

3 mai ¨Aujourd'hui ce qu'il y a dedans.

4 mai ¨Aujourd'hui insecte.

5 mai ¨ Aujourd'hui je pourrais tout aussi bien.

6 mai ¨ Aujourd'hui un carré parfait.

7 mai ¨ Aujourd'hui pour de semblant.

8 mai ¨Aujourd'hui la ligne qui va de.

9 mai¨ Aujourd'hui ventre.

10 mai ¨ Aujourd'hui une multitude de.

11 mai ¨ Aujourd'hui il FAUT.

12 mai ¨ Fragment d'aujourd'hui raconté en poésie.

13 mai ¨ Aujourd'hui la toute première question qu'on va vous poser.

14 mai¨ Aujourd'hui enfant.

15 mai ¨ Aujourd'hui un mot en anglais.

16 mai ¨Aujourd'hui la sécurité c'est.

17 mai ¨Aujourd'hui tache.

18 mai ¨Aujourd'hui elle a dit.

19 mai ¨ Aujourd'hui un projet.

20 mai ¨Aujourd'hui une consigne.

21 mai ¨ Aujourd'hui une photo qui vous touche.

22 mai ¨ Aujourd'hui assez de.

23 mai ¨ Fragment d'aujourd'hui dont Hitchcock aurait fait un film.

24 mai ¨ Aujourd'hui c'est mécanique.

25 mai ¨Aujourd'hui contre.

26 mai ¨ Aujourd'hui une pensée sauvage.

27 mai ¨ Aujourd'hui beaucoup trop de.

28 mai ¨ Aujourd'hui pris entre les deux.

29 mai ¨ Aujourd'hui bijou.

30 mai ¨Aujourd'hui la peine de.

31 mai ¨ Aujourd'hui comme un touriste.

1er juin ¨Aujourd'hui que reste-t-il de.

2 juin ¨ Aujourd'hui une addiction.

3 juin¨ Aujourd'hui je n'aime pas.

4 juin ¨ Aujourd'hui une action soignée.

5 juin¨ Aujourd'hui un parfum.

6 juin¨ Aujourd'hui un jeu.

7 juin ¨ Aujourd'hui orgueil de.

8 juin ¨Aujourd'hui je n'ai rien dit quand.

9 juin ¨ Aujourd'hui une petite lumière.

10 juin ¨ D'aujourd'hui, j'oublierai certainement demain que.

11 juin ¨ Aujourd'hui si je portais des lunettes roses j'écrirais.

12 juin ¨ Aujourd'hui une confidence.

13 juin ¨ Aujourd'hui cheveux.

14 juin ¨ Aujourd'hui envie d'être à.

15 juin ¨ Aujourd'hui comme ça et pas autrement.

16 juin ¨ Aujourd'hui faim de.

17 juin ¨ Aujourd'hui est une petite annonce.

18 juin ¨ Aujourd'hui réflexe.

19 juin ¨ Aujourd'hui qui, quoi, quand, où, comment et pourquoi ?

20 juin ¨ Aujourd'hui la fin de.

21 juin ¨ Aujourd'hui feu de.

22 juin ¨ Aujourd'hui rien n'aurait changé si.

23 juin¨ Aujourd'hui ce qui s'accroche.

24 juin ¨Aujourd'hui ceux qui s'accro­chent.

25 juin ¨ Aujourd'hui présentation de.

26 juin ¨ Aujourd'hui des nombres concrets.

27 juin ¨Aujourd'hui me manque peut-être.

28 juin ¨Aujourd'hui tout le monde ne porte pas de lunettes.

29 juin ¨ Aujourd'hui tout le monde ne dit pas merci.

30 juin ¨Aujourd'hui tout nouveau :

 

 

1er juillet¨ Aujourd'hui clés.

2 juillet ¨ Aujourd'hui elle ressemblait à.

3 juillet ¨ Aujourd'hui est un plan.

4 juillet ¨ Aujourd'hui permission accordée.

5 juillet ¨ Aujourd'hui moment où la nuit tombe.

6 juillet ¨ Aujourd'hui c'est bien une vache.

7 juillet ¨Aujourd'hui matière vive.

8 juillet¨ Aujourd'hui mémoire morte.

9 juillet ¨ Aujourd'hui une liste.

10 juillet¨Aujourd'hui quelque chose que je ne compren-drai jamais.

11 juillet ¨Aujourd'hui prouve que j'ai aussi les pieds sur terre.

12 juillet ¨ Aujourd'hui prouve que le sol remue.

13 juillet ¨ Aujourd'hui prouve que le sol présente quel-ques failles.

14 juillet ¨ Aujourd'hui un défilé de.

15 juillet ¨ Aujourd'hui option a ou option b.

16 juillet ¨ Aujourd'hui ça ressemble presque à une blague.

17 juillet ¨ Aujourd'hui vite vite.

18 juillet ¨ Aujourd'hui pas malin.

19 juillet ¨ Aujourd'hui sur le réseau.

20 juillet ¨ Aujourd'hui ce qui a un sens.

21 juillet ¨ Aujourd'hui le destin a encore frappé.

22 juillet ¨Aujourd'hui encore jeune.

23 juillet ¨ Aujourd'hui toujours vieux.

24 juillet ¨Aujourd'hui est un parc d'attractions.

25juillet¨Aujourd'hui mauvais endroit ou mauvais moment.

26 juillet ¨Aujourd'hui manque.

27 juillet ¨ Aujourd'hui le fil.

28 juillet ¨Aujourd'hui ce qui a été le plus court.

29 juillet ¨Aujourd'hui sport.

30 juillet ¨ Aujourd'hui un objet par terre.

31 juillet¨ Aujourd'hui juste un seul mot :

1er août ¨Aujourd'hui mangé.

2 août ¨ Aujourd'hui horizontales et verticales.

3 août ¨Aujourd'hui phrases entendues.

4 août ¨ Aujourd'hui virilité.

5 août ¨ Aujourd'hui offre spéciale.

6 août ¨ Aujourd'hui violet.

7 août ¨Aujourd'hui coule.

8 août ¨ Aujourd'hui des papiers.

9 août ¨Aujourd'hui bouches.

10 août¨ Aujourd'hui la chose à ne pas dire.

11 août ¨ Aujourd'hui liberté chérie.

12 août ¨Aujourd'hui quelque chose qui clignote.

13 août ¨ Aujourd'hui la dernière fois que.

14 août ¨ Aujourd'hui le fruit de.

15 août ¨Aujourd'hui on pourrait presque toucher.

16 août ¨ Aujourd'hui comme si vous l'aviez vécu avec quelqu'un d'autre, mais qui ?

17 août ¨ Aujourd'hui l'ordinateur.

18 août ¨Aujourd'hui cinq mots essen­tiels.

19 août ¨ Aujourd'hui en gros.

20 août ¨ Aujourd'hui au téléphone.

21 août¨ Aujourd'hui on conserve.

22 août ¨Aujourd'hui j'évite.

23 août ¨Aujourd'hui chaussures.

24 août ¨ Aujourd'hui un trou.

25 août ¨ Aujourd'hui essayé de.

26 août ¨Aujourd'hui demi-vérité.

27 août ¨ Aujourd'hui ce petit coin de nature.

28 août ¨ Aujourd'hui succession de bruits.

29 août ¨ Aujourd'hui un geste qui veut dire.

30 août ¨ Aujourd'hui les toilettes.

31 août ¨ Aujourd'hui le territoire de.

 

 

1er septembre ¨ Aujourd'hui animal.

2 septembre ¨ Aujourd'hui emballage.

3 septembre ¨ Aujourd'hui dans mes poches.

4 septembre ¨Aujourd'hui douceur de.

5 septembre ¨ Aujourd'hui carrelage.

6 septembre ¨Aujourd'hui le piège.

7 septembre ¨ Aujourd'hui une affaire de choix.

8 septembre ¨ Aujourd'hui croire que.

9 septembre ¨Aujourd'hui reflet.

10 septembre ¨Aujourd'hui contenu et contenant.

11 septembre ¨Aujourd'hui l'écran.

12 septembre ¨Aujourd'hui la cinquième personne qui va vous parler.

13 septembre ¨ Aujourd'hui escaliers / escalators / ascenseurs.

14 septembre¨ Aujourd'hui un gros mot.

15 septembre ¨Aujourd'hui agacé de.

16 septembre ¨Aujourd'hui une affiche.

17 septembre ¨Aujourd'hui dommage.

18 septembre ¨Aujourd'hui moment du réveil.

19 septembre ¨ Aujourd'hui profonde pensée philosophi-que.

20 septembre ¨ Aujourd'hui un outil pour.

21 septembre ¨ Aujourd'hui pas envie de.

22 septembre ¨ Aujourd'hui quatre murs.

23 septembre ¨ Aujourd'hui ça tombe.

24 septembre ¨Aujourd'hui nouvelle connexion neuronale.

25 septembre ¨ Aujourd'hui où étiez-vous entre 13h et 13h 05 ? Que faisiez-vous ? Vous avez un alibi ?

26 septembre ¨Aujourd'hui un meuble a des formes.

27 septembre ¨Aujourd'hui pour ligne d'horizon.

28 septembre ¨ Aujourd'hui derrière la vitre.

29 septembre ¨Aujourd'hui j'ai fait de mes mains.

30 septembre ¨Aujourd'hui un amical.

1er octobre ¨ Aujourd'hui perte de.

2 octobre ¨ Aujourd'hui un visage.

3 octobre ¨Aujourd'hui comme un avis à la population.

4 octobre ¨ Aujourd'hui une seule ques­tion :

5 octobre ¨Aujourd'hui en noir et blanc.

6 octobre ¨Aujourd'hui ça passe.

7 octobre ¨Aujourd'hui ça casse.

8 octobre ¨Aujourd'hui ça ramasse.

9 octobre ¨ Aujourd'hui ça amasse.

10 octobre ¨Aujourd'hui comme tous les jours.

11 octobre ¨Aujourd'hui cherche toujours.

12 octobre ¨ Aujourd'hui pas bien rangé.

13 octobre ¨ Aujourd'hui une couleur qui sent.

14 octobre ¨Aujourd'hui sujet brûlant.

15 octobre ¨ Aujourd'hui avance comme.

16 octobre ¨Aujourd'hui comme un gosse.

17 octobre ¨Aujourd'hui de l'argent.

18 octobre ¨ Aujourd'hui l'ombre de.

19 octobre ¨ Aujourd'hui besoin d'un objet essentiel.

20 octobre¨ Aujourd'hui attention parti­culière à faire...

21 octobre¨ Aujourd'hui attention parti­culière à ne pas faire...

22 octobre¨Aujourd'hui il me faudrait un mot pour désigner.

23 octobre ¨ Aujourd'hui à la poubelle.

24 octobre ¨ Aujourd'hui sens interdit.

25 octobre ¨ Aujourd'hui parti.

26 octobre ¨ Aujourd'hui première fois que.

27 octobre ¨ Aujourd'hui un moment de vacances.

28 octobre ¨Aujourd'hui rondeurs.

29 octobre¨Aujourd'hui douleur.

30 octobre ¨ Aujourd'hui le roi.

31 octobre ¨ Aujourd'hui métallique.

 

 

1er novembre ¨Aujourd'hui la terre.

2 novembre ¨ Aujourd'hui pourquoi c'est compliqué.

3 novembre ¨Aujourd'hui en bois.

4 novembre ¨ Aujourd'hui ça ne se passera pas comme ça.

5 novembre ¨ Aujourd'hui dans l’actualité.

6 novembre ¨ Aujourd'hui une fleur.

7 novembre ¨ Aujourd'hui j'ai l'habitude de.

8 novembre ¨Aujourd'hui ça a l'air vieux mais.

9 novembre ¨Aujourd’hui hommes et femmes.

10 novembre¨ Aujourd'hui une personne insignifiante. Vraiment ?

11 novembre ¨Aujourd'hui pierre à pierre.

12 novembre ¨Aujourd'hui derrière une porte.

13 novembre ¨ Aujourd'hui pas de place pour.

14 novembre ¨Aujourd'hui un engage­ment.

15 novembre ¨Aujourd'hui dans le reste principal il y a.

16 novembre¨Aujourd'hui comme un fil d'Ariane.

17 novembre ¨Aujourd'hui des bas des hauts.

18 novembre ¨ Aujourd'hui c'est parfois si simple de.

19 novembre ¨ Aujourd'hui une lumière.

20 novembre ¨ Aujourd'hui manger, boire, fumer, respirer, consommer.

21 novembre ¨ Aujourd'hui une chance.

22 novembre¨Aujourd'hui suffirait de trois fois rien pour que.

23 novembre ¨Aujourd'hui séduction de.

24 novembre ¨ Aujourd'hui j'étais un animal quand.

25 novembre ¨ Aujourd'hui tête pleine de.

26 novembre ¨ Aujourd'hui une bonne chose de faite.

27 novembre¨ Aujourd'hui armé comme le béton.

28 novembre¨ Aujourd'hui détails au plafond.

29 novembre¨ Aujourd'hui rues.

30 novembre ¨Aujourd'hui le prix à payer.

 

1er décembre ¨Aujourd'hui en retard.

2 décembre¨Aujourd'hui la beauté à cet endroit précis.

3 décembre ¨Aujourd'hui une coupe franche.

4 décembre ¨Aujourd'hui jeu de société partant d'une case départ.

5 décembre ¨Aujourd'hui masques et atti­tudes.

6 décembre ¨Aujourd'hui un secret.

7 décembre¨ Aujourd'hui phrase que l'on m'a dite.

8 décembre ¨Aujourd'hui foule.

9 décembre ¨ Aujourd'hui j'écris en CAPI­TALES un projet minuscule.

10 décembre ¨ Aujourd'hui de l'eau.

11 décembre ¨Aujourd'hui reproches.

12 décembre ¨ Aujourd'hui est un conte de fées.

13 décembre ¨Aujourd'hui irréel.

14 décembre ¨Aujourd'hui gens sans importance.

15 décembre ¨ Aujourd'hui il faudrait crier.

16 décembre¨ Aujourd'hui tissus.

17 décembre ¨Aujourd'hui un pli.

18 décembre ¨Aujourd'hui ce que J'ai laissé tomber.

19 décembre ¨ Aujourd'hui le sens de l'adaptation.

20 décembre ¨Aujourd'hui collection de regards.

21 décembre ¨ Aujourd'hui il paraît que.

22 décembre ¨ Aujourd'hui provisoire qui dure.

23 décembre¨Aujourd'hui petite violence.

24 décembre¨Aujourd'hui quelque chose de triangulaire.

25 décembre ¨Aujourd'hui ce qui brille.

26 décembre ¨Aujourd'hui vous auriez dû lire votre horoscope qui vous aurait prévenu :

27 décembre ¨Aujourd'hui un idéal de traverse.

28 décembre ¨ Aujourd'hui bras.

29 décembre ¨ Aujourd'hui on ne vous la fait pas.

3o décembre ¨Aujourd'hui une phrase que j'ai dite.

31 décembre ¨ Aujourd'hui ce qui demeure immobile.

 

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Un meilleur ami

 Tous les soirs, nous nous promenons par le sentier qui longe la falaise. Un chemin peu fréquenté, serpentant parmi les bruyères et les ajoncs. Il va s’étrécissant, en pente douce d’abord, puis dévale en une sente abrupte vers la crique. Nous nous arrêtons là, Jacques et moi. Aller plus loin serait trop difficile pour les septuagénaires que nous sommes. Jacques devant, moi derrière, nous admirons selon le temps et les saisons le coucher de soleil ou les vagues qui tempêtent à nos pieds. Puis nous rentrons. Jacques parle de ses exploits passés, de ceux qu’il a accomplis, de ceux qu’il aurait pu accomplir. Au foot, au tennis, en natation, il était le meilleur, le plus fort. Le vainqueur. Je laisse dire... C’est vrai, jadis, Jacques était doué et plus encore si on l’en croit.

Jacques est mon meilleur ami. Enfin tout le monde dit qu’il est « mon meilleur ami ». Jacques est mon invité. Jacques est ennuyeux : il ressasse ses obsessions, ses nostalgies, mais Jacques est mon ami. Nous passons toutes nos journées ensemble. Seuls. Je n’ose inviter personne quand Jacques est là. Et le soir, devant un carafon de whisky, Jacques parle et je laisse mon esprit courir au fil des souvenirs. 

J’avais 12 à 13 ans, cet été-là.  Et que j’étais heureux dans cette longue pièce, un dortoir aménagé dans les combles d’un vieux château où deux rangées d’étroites couchettes se faisaient face. Enfin je me sentais un homme. Enfin je sortais du cocon familial. Pour la première fois, j’osais découcher. J’avais résolu mon problème : l’énurésie. Et quel problème ! Imaginez ce que doit endurer un gamin de douze ans quand les copains s’aperçoivent qu’il fait encore pipi au lit...

Oh ! Je ne mouillais pas mes draps toutes les nuits, non. De temps à autre, cela me surprenait toujours de la même façon : le temps d’un cauchemar. Ma mère m’y promenait dans une voiturette d’enfant. Bras et jambes sortaient du landau où j’essayais de me dissimuler, couvert de honte. A l’humiliation s’ajoutait bientôt l’angoisse, car je devais lutter contre une pressante envie d’uriner. C’est alors que mon rêve me présentait la cuvette d’un W.C et je m’y soulageais, avec bonheur, avant de me réveiller dans l’humidité chaude et odorante du pipi au lit. Mais, peu à peu, dans mon sommeil, j’avais appris à reconnaître le scenario, à penser : « C’est un rêve » et à me réveiller juste à temps pour bondir jusqu’au cabinet. Le cauchemar, comme vaincu, s’était fait plus rare et je l’avais cru disparu à jamais.

J’avais donc osé participer à ce stage résidentiel. Je nageais dans l’euphorie : des activités sportives suivies d’innocentes beuveries à la limonade, sous l’œil de moniteurs complices comme des grands frères. Une de ces petites soirées fut mémorable : on fêtait un anniversaire, je crois, et quelqu’un avait apporté un cidre légèrement alcoolisé. Mon premier alcool : un vrai rite d’initiation virile !

Ce soir-là, j’étais rentré dans notre dortoir totalement euphorique et avais sombré dans un sommeil de plomb. Mon cauchemar familier était venu me visiter, mais cette fois, c’est une sensation de chaleur humide sur le ventre qui m’avait réveillé. Un brin trop tard... Les dégâts étaient limités à mon seul pyjama. Je passai le reste de la nuit à chercher comment dissimuler cet accident.  Il me semble bien anodin, un rien risible, presque attendrissant aujourd’hui. Mais au petit matin, j’en étais arrivé à penser au suicide : le statut de victime pleurée me semblant mille fois préférable à la honte et au ridicule.

Notre réveil suivait un rituel immuable : un moniteur nous tirait énergiquement du sommeil; vêtus de  notre seul slip, nous filions alors pour une toilette de chat avant de revenir nous habiller. Je me dissimulais toujours sous la couverture, dans un dortoir quasi vide, lorsque j’aperçus, deux lits plus loin, dans le désordre des draps, un pyjama qui ressemblait beaucoup à celui que je portais. Vous savez, de ces ensembles à rayures bleu et blanc que portaient alors presque tous les hommes. Je ne pense pas avoir beaucoup réfléchi : un aller et retour d‘un lit à l’autre de l’air affairé de qui a oublié d’emporter son savon, une substitution rapide : vêtement mouillé contre vêtement sec... J’étais tiré d’affaire !

De plus, le lit en question était celui d’un gamin que nous n’aimions guère. Toujours à se vanter, à se faire mousser, à réclamer l’attention des adultes. Je n’étais peut-être pas loin de penser que je lui donnais une bonne leçon. Toujours plus fort que les autres, ce Jacques.

Aussi quand les protestations  indignées de ma victime attirèrent un moniteur, je n’eus aucun scrupule à orchestrer le chahut avec une maestria née d’une longue expérience. Les copains me suivirent avec enthousiasme : on hua, on chahuta, on brocarda le malheureux. Qui cria de plus belle, nia, pleura, frôla la crise de nerfs. Le moniteur était complètement débordé. Renonçant à éclaircir l’affaire sur le moment, il somma le pisseur présumé de se calmer, seul dans le dortoir, et les autres de descendre illico déjeuner. Il nous poussa dehors. Je pense qu’il ne ferma même pas la porte à clé.

Nous avons alors dévalé le large escalier de bois aux marches sonores en les martelant de nos godasses.  Le bruit ne nous permit pas d’entendre les craquements,  le cri, puis le choc sourd du corps sur les pavés de la cour... Nous y avons trouvé Jacques : il  gisait inanimé. Il avait voulu sortir par la fenêtre, descendre le long de la gouttière, comme dans les films, comme dans les bandes dessinées, et réapparaître, tel un super héros, là où nous ne l’attendions pas. Mais, dans la réalité de cette antique demeure, tout était vétuste, y compris les crampons qui soutenaient la corniche... 

Jacques n’était pas mort. Jacques passa de longs mois à l’hôpital, puis en rééducation,  Et moi, je quittai les salles et les courts du stage sportif pour les couloirs et les chambres des hôpitaux. Jacques resta définitivement paralysé. A vie dans une chaise roulante. Je n’ai jamais avoué à Jacques que le pyjama mouillé était le mien et il ne m’a jamais rien demandé. Il est devenu mon meilleur ami.

 Ce qui a signifié toute une vie dévouée à Jacques, loisirs et vacances compris... Aucun femme éprise n’a jamais accepté de partager : « C’est lui ou moi ! » Ce fut toujours lui... et je suis resté célibataire.  J’ai donc eu beaucoup de temps à consacrer au travail... et je suis devenu assez  riche pour m’acheter cette maison sur la falaise. Depuis ma retraite,  j’y viens souvent en compagnie de Jacques. Il est beaucoup moins riche que moi. Il est célibataire comme moi. 

Et ce soir encore, je pousse Jacques sur le sentier, le long de la falaise. Face au panorama illuminé d’un émouvant coucher de soleil, Jacques commente : « Tu vois, si le joueur était monté au filet, il... Alors l’adversaire aurait pu... Moi, à sa place, je... » Et moi, je poursuis aussi mes pensées : « Et si... Et si je n’avais pas abusé de cette affreuse piquette... Et si j’avais eu le courage de me jeter par la fenêtre... Et si ma mère m’avait acheté un autre pyjama...  Et si je laissais tomber Jacques... si je vivais  enfin... Et si je feignais de trébucher sur ce mauvais sentier... si je cessais alors de freiner et lâchais les poignées de la chaise roulante... Et si ça pouvait passer pour un tragique accident...

« Le pauvre ! dirait-on, perdre ainsi son meilleur ami. S’en remettra-t-il jamais ? » 

Françoise

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01 mai 2014

La fille du fossoyeur - Françoise

« Allo ! Maman ... Ecoute-moi ; sois un peu raisonnable. L’an dernier, c’était la véranda... Il te fallait absolument agrandir  la véranda...

– ...

– Oui ! Je sais... pour tes futurs petits-enfants dont je te signale, entre parenthèses, que je n’ai pas encore rencontré la mère...

– ...

– D’accord ! C’est à cause de mes chevaux ! Avant la véranda, c’était la piscine où tu trempes l’orteil combien de fois par an ? Il a aussi fallu moderniser une cuisine où tu ne cuisines guère. Et que sais-je encore... Et depuis quelques mois, tu ne me parles plus que du portail automatique de tes rêves. Est-ce bien raisonnable, maintenant que tu es seule ? Tous ces frais, ces dépenses peu utiles ?

– ...

– Non, non, ne m’interromps pas ; c’est la même chanson, chaque fois que l’on se téléphone. Si tu ne te plains pas du voisinage, tu imagines de nouveaux aménagements pour ta maison. Pense à autre chose. Distrais-toi, va voir des gens... Invite des voisines...

– ...

–Ah ! oui... j’oubliais... Bon ! Je ne sais plus, moi... Fais un petit voyage... change-toi les idées. Moi, il faut que je rejoigne mes chevaux qui, eux, ont plaisir à me voir arriver avec le fourrage. »

 Philippe raccroche en soupirant. Ces coups de téléphone le minent : il se sent coupable de rudoyer ainsi une veuve dont il est l’unique enfant. Coupable d’avoir fui, loin, en Camargue, dans la seule compagnie de ses chevaux, une mère obsédée par son foyer, et le désert social qu’elle a réussi à créer autour d’elle.

***

Gisèle raccroche en soupirant elle aussi. Son fils ne peut comprendre ...

Son fils ne peut savoir... Les voisines ? Celle d’à côté refuse de lui parler depuis que Gisèle s’est mise à renvoyer, par-dessus la haie, systématiquement, toutes les crottes que son affreux clébard s’entête, tout aussi systématiquement,  à déposer sur sa pelouse à elle. De l’autre côté, le week-end, c’est tondeuse en journée et fiesta jusqu’aux aurores. Et ses appels à la police locale n’y ont rien changé. Au contraire ! Dès que les flics ont le dos tourné, on monte les décibels... Des histoires qui ont dû faire le tour du lotissement, car ces dames, qui jadis se contentaient de saluer Gisèle avec hauteur,  ricanent et chuchotent aujourd’hui dès qu’elle a le dos tourné.

Gisèle regarde par la fenêtre de la véranda. Le jardin est en fleurs, le vert du gazon sertit l’émeraude liquide de la piscine. Elle soupire et s’efforce d’éprouver le plaisir qu’elle s’était promis de la possession de toutes ces choses... ou un peu de satisfaction, au moins... Finalement, son fils a raison sur un point : il fait si beau en ce début d’été ; demain, elle prendra la voiture et s’en ira.

***

Le lendemain, en début d’après-midi, Gisèle est revenue dans sa petite ville natale, dans son quartier natal, dans sa rue natale, dans le petit parc de son enfance. Avant d’arriver là, elle a accompli ce qui s’apparentait à un pèlerinage. Son errance l’a conduite, sans qu’elle l’eût vraiment cherché, sur les traces de son passé.

D’abord, elle s’est arrêtée devant sa précédente demeure : quatre façades au centre d’une pelouse agrémentée de buis en pot et de statuettes en plâtre gréco-sulpicien. Elle s’est étonnée de la trouver tellement plus petite, plus banale que dans son souvenir. L’actuel locataire est d’ailleurs bien négligent !

Puis elle s’est retrouvée devant la maison où, jeune mariée, elle avait vécu. C’est dans la rue où elle est née, mais dans le haut de cette rue, ce qu’on appelait « le beau bout ». Elle a longuement considéré les maisons jointives d’un lotissement plus tout à fait neuf, un jardinet devant et, elle le sait sans le voir, une pelouse derrière.  En avait-elle rêvé de ces maisons ! A se demander, parfois, si la perspective d’habiter « en haut » n’avait pas, à l’époque, contribué à la séduction de Jean-Michel. Jean-Michel, le garçon du beau bout, celui qu’elle avait épousé, très jeune, et qui s’était révélé un bon mari, tendre et compréhensif.  Mais quant à dire qu’elle avait été heureuse « en haut »... Non. Elle avait toujours eu l’impression que le voisinage n’avait pu oublier son lieu de naissance, à elle, en bas, dans le « bas bout de la rue ».  

Elle est ensuite descendue jusqu’à cette autre extrémité d’une artère citadine pentue.  Elle y a un peu traîné, évaluant les traces de plus de vingt années d’absence. La maison des parents est toujours là, un peu plus décrépite, un peu plus triste encore.  D’autres rideaux, d’autres « postures » derrière les voilages grisâtres: d’autres habitants. 

Par contre, le salon de coiffure voisin est devenu night-shop : exotique, minable et cadenassé à cette heure. C’était la mère de Jeanine, sa meilleure amie, qui officiait jadis dans cette modeste boutique. Une coiffeuse que tous appelaient  « la fille-mère » et dont Jeanine avait tellement honte. Et Jeanine... qu’est-elle devenue aujourd’hui ?

Lentement, elle est remontée jusqu’au petit square qui, à mi-pente, s’ouvre entre la chaussée et l’école du quartier. Toujours la même pièce d’eau un peu envasée, les mêmes allées de gravillon et le même platane centenaire qui ombrage le banc.  Les courbes du bois peint ont cédé la place aux lignes nettes d’une banquette métallique, mais, à l’ombre, comme jadis, un vieil homme se repose.  Fatiguée, par l’émotion des souvenirs autant que par ses déambulations, Gisèle s’est assise sur le banc.

***

« Pardon ?... Gigi ?...Vous n’êtes pas Gisèle Wauters ?... » La venue de cette femme à ses côtés avait tiré l’homme de sa somnolence. Un coup d’œil curieux, puis plus attentif l’avait complètement éveillé.  Nom d’un p’tit... ! cette femme, il la connaissait... Cette tête, ce profil... C’était la Germaine tout craché... celle qu’habitait à côté de la piaule qu’il louait dans le bas de la rue. En plus jeune...la Germaine d’avant ... bien avant qu’son homme n’la mène dans le trou : Germaine Wauters.  Z’avaient pas une pisseuse, les Wauters ? Une petite peste de gamine ... Qui s’appelait... s’appelait... Gigi ! Gisèle, ça lui revenait.  La petite Gisèle : une emmerdeuse, mais alors là, de première !  Qu’est-ce qu’elle peut ressembler à sa mère. Une belle femme, que c’était, la Germaine. « Pardon ? ... Gigi ?  Enfin Gisèle ?  Vous n’êtes pas Gisèle Wauters ? »

***

Elle regrettait de s’être assise là, aux côtés de ce vieillard malodorant, et songeait à se lever quand il l’avait apostrophée : « Vous n’êtes pas Gisèle Wauters ? » Oui, c’était son nom de jeune fille... Et lui, qui était-il ? Heureux de la distraction,  l’homme expliquait : elle devait se souvenir de lui, son ancien voisin. Il faisait alors les pauses et passait beaucoup de temps dans ce parc à regarder les gosses jouer. Ah ! lui, il se souvenait bien d’elle, de sa petite bande et des bagarres continuelles qui les opposaient aux autres gamines. Tiens ! d’ailleurs, il y en a une qui vient encore régulièrement; aujourd’hui, elle est peut-être en train de se dorer la couenne au soleil, derrière l’étang. Ah ! vous n’étiez pas tendres... des p’tites pestes, les terreurs du parc ! 

Gisèle se souvient : elle-même, Jeanine et quelques filles du bas contre la clique d’en haut.  Entre elles, une haine féroce,  recuite par des chamailleries à n’en plus finir...

Et l’homme de continuer à dévider ses souvenirs : Et le jour où vous aviez jeté son sac de cours dans l’étang... la petite pleurait, pleurait... J’ai été obligé d’enlever mes chaussures pour aller le repêcher.  Quelles petites curées vous faisiez ! Toujours à chercher des crosses aux autres...

Gisèle s’est tue pendant ce radotage de vieux,  mais là, elle ne peut se contenir, elle doit rétablir les faits.  La Vérité.  Elle explose : « Non ! mais c’est elles qui avaient commencé !  Toujours à nous chercher....On n’allait quand même pas se laisser traiter par ces grandiveuses sans rien faire ! » Et elle a quitté le banc dans un mouvement de colère, poursuivie par la remarque sarcastique du vieil homme « Eh ben ! Toi, t’as pas changé... »

***

Laquelle d’entre elles peut prendre le soleil, derrière l’étang ? La curiosité a mené Gisèle jusque là, et là, effectivement, une femme est couchée sur un plaid.  Gisèle la reconnaît immédiatement : c’est Elodie, Elodie Bouchard, une des pires parmi celles d’en haut. Elodie, étendue mi-soleil pour bronzer des jambes dont elle est fière, mi-ombre pour protéger un visage quelque peu chiffonné sous le maquillage. Elodie, vieillie, étendue sur le gazon,  mais toujours sapée en princesse, toujours dans le style « J’ai du fric et vous ? »  Une vague de rancœur aigrie submerge brusquement Gisèle : elle se sent moche, mal habillée, mal coiffée. Et la haine reflue en elle comme un vomi de sentiments mal digérés. Elodie a entrouvert les yeux, jeté un vif coup d’œil entre ses cils, puis rabaissé les paupières.  Elle l’a reconnue, Gisèle en jurerait, cet assoupissement n’est qu’une feinte. Elle ne perd rien pour attendre, la péteuse : « Elodie ! Tu ne dors pas, ne fais pas ta bêcheuse ! ».

***

« Tiens ! La fille du fossoyeur... De retour sur le lieu de tes exploits ?

La réponse fuse :

« Alors ? On bronze ses rides de grosse bourge à poupées folkloriques...?

– C’était donc bien toi ! Que je t’en ai voulu... Mais pourquoi ?

– Et toi, pourquoi m’avoir invitée avec toutes les filles d’en haut ?

– Crois-le ou pas, c’est moi qui avais longuement insisté auprès de mes parents pour que l’on t’invite. La fille du fossoyeur et de la femme d’ouvrage, dans son salon, ça n’enchantait pas maman. Vraiment pas ! Allez, non ! Ne pars pas. Je ne t’appellerai plus ainsi, je te le promets ! .... Assieds-toi près de moi, Gigi !»

Gisèle hésite, puis finalement s’assied aux côtés d’Elodie. Prudemment, les deux femmes s’apprivoisent, entrelacent les souvenirs, en arrivent aux confidences.

« C’est vrai, Gisèle, c’était méchant,  mais nous étions jeunes : bêtes et cruelles. Et le métier de ton père nous faisait si peur. Je le revois encore descendre la rue en vêtements de travail tout maculés de la terre qu’il venait de creuser.  Et crois-moi ou pas, ma vieille, quand on t’entendait crier « maman » en plein milieu du couloir de l’école, on t’enviait toutes de pouvoir embrasser ta mère, même si c’était la femme d’ouvrage qui te prenait dans ses bras....

– Et ta fête d’anniversaire, Elodie... Pourquoi m’y suis-je rendue ? Si tu savais comme je me suis sentie mal ce jour-là. Je me croyais si belle dans ma robe à volants. Le regard de ta mère quand j’ai retiré mon manteau ! Il m’a poursuivie longtemps. Et mon cadeau qui avait fait ricaner les autres! J’ai toujours cru que tu avais voulu te moquer de moi.

–  Certainement pas : comment aurais-je pu imaginer ton malaise ? A douze ans ! Je crois que je comprenais confusément notre cruauté à ton égard : je voulais être gentille, réparer, faire la paix... Je n’étais que maladroite.

– Et moi, de rage, j’ai voulu te faire mal. J’ai bousillé ce qui était à ma portée : cette collection de poupées, soigneusement mises de côté, auxquelles tu semblais tant tenir. Moi, à l’époque, je n’avais pas tout ça : ni chambre bien décorée, ni souvenirs de vacances...  Ni vacances !

– Il commence à faire frais. Et si on faisait la paix, Gigi : depuis le temps, il y prescription, tu ne crois pas ? Viens chez moi, on prendra une tasse de thé. Tu es veuve, je suis divorcée : personne ne nous attend. On peut enfin apprendre à se connaître. 

***

Gisèle a souri. Elle s’est levée et a tendu une main à Elodie pour l’aider à se mettre debout.

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