Elle a été une fillette choyée, née sur le tard alors qu’on ne l’attendait plus. Une enfant gaie, un brin capricieuse jusqu’à son entrée à l’école, la petite école d’un quartier populaire où tout le monde se connaissait.  Le métier du père a fait peur aux enfants : il était fossoyeur.  Celui de la mère manquait de prestige : elle faisait des ménages et prestait même quelques heures dans l’établissement. Dresser des castes et se hisser dans la société en écrasant ses « inférieurs » n’est pas l’exclusivité des classes huppées : à chacun ses snobs et ses « barakis ». Elle fut bientôt la cible de moqueries, d’allusions dénigrantes, de petites brimades « pour rire »... L’enfant choyée le vécut très mal.

Elle se replia sur elle-même jusqu’au moment où elle découvrit que d’autres, autour d’elle, vivaient le même ostracisme.  Elles se regroupèrent, se serrèrent les coudes et firent front : aux moqueries, elles apprirent à réagir par l’insulte, aux brimades par l’agressivité...

Adulte, un inextinguible désir de certains biens matériels lui est resté de cette enfance blessée.  Les vêtements de marque, les bijoux l’intéressent peu. C’est autour d’elle que doit s’étendre la zone protectrice. Elle veut des voitures de luxe, des marques de prestige dont tous peuvent mesurer le prix. Aucune maison ne parvient à la satisfaire ! Elle transforme, déménage, fait bâtir : toujours plus d’aménagements coûteux, de perfection ostensible... Deux choses lui tiennent particulièrement à cœur. Dedans, c’est la cuisine, pièce centrale dans l’humble demeure de l’enfance ; la cuisine, jamais assez vaste, moderne, équipée. Par ailleurs, elle ne cuisine guère, adepte des conserves et des plats préparés. Et, dehors, c’est la piscine, signe extérieur et irréfutable de réussite. Très grande, la piscine, impeccablement entretenue, devant la maison et bien visible de tous... Piscine où elle plonge de temps à autre un orteil frileux...

De l’enfance, elle a aussi gardé les relents d’un vocabulaire qui étonne et choque dans la bouche de cette adulte d’allure discrète. Les « Font chier »... « Tu m’emmerdes » fusent dans le discours dès que l’inquiétude surgit...  Les jugements sur les contradicteurs sont péremptoires. « Quels connards ! ». .. « Tous des cons... tous des nuls.... »  Attaquer avant d’être menacée.  Insulter avant d’être contestée. La stratégie de l’enfance.

 

 Biographie succincte

Personnage = la fille du fossoyeur

Elle est née au bas bout de la rue, dernière enclave populaire d’un quartier qui se lotit de maisons neuves, plus huppées, plus classes moyennes. Dans la rue, le petit parc et l’école. 

C’est dans cette école qu’elle est confrontée à l’ostracisme social et à ses brimades enfantines.  C’est dans le parc qu’elle prend sa revanche, en compagnie de quelques autres fillettes du bas de la rue –Gaby, enfant de la coiffeuse- fille-mère et Ghislaine, fille de l’éboueur. Après de rapide études de dactylo, devenue jolie adolescente, elle épouse un gars du haut de la rue, travailleur et ambitieux.

Elle accède enfin au lotissement neuf, puis s’installe dans deux autres demeures, toujours plus luxueuses, dans des quartiers toujours plus «chic ». Elle cesse vite de travailler comme secrétaire pour tenir sa maison et élever son fils unique.  Susceptible, agressive, possédant mal les codes sociaux des milieux où elle vit, elle est isolée. Toute sa vie tourne autour de son intérieur et de son enfant.

A 45 ( ?) ans, elle est veuve, son fils est parti élever des chevaux en Camargue. Elle s’ennuie, est mécontente de sa vie, veut déménager, une fois de plus...

Elle retourne au bas bout de la rue, 25 ans après l’avoir quitté...  (pour quelle raison, ce retour ?)  

Elle retourne au parc de son enfance à la recherche de souvenirs. Et d’elle-même

 

 

Elle est reconnue par B –un vieux monsieur  qui évoque la petite guerre entre filles rivales.

Elle y retrouve B – une ancienne condisciples : explications....