Elle gravit l’escalier de pierre, elle chante, très faux, un transat sous le bras .

 « Le ciel bleu sur nous peut s'écrouler.. et la terre la la lalala..»

Installation du siège tête à l'ombre sous le parasol rouge. La la la...

Elle remonte sa robe jusqu'à mi-cuisses, étale une bonne dose de crème sur la peau de ses bras nus et de ses jambes fraîchement épilées. Ses jambes... elle en est fière ma foi...! Des jambes de danseuse, minces, longues, musclées, parfaites.

Il est prévu que seule cette partie du corps sera exposée au plein soleil, elle ne veut pas ressembler à BB qui a chiffonné son joli visage à l'insouciante clarté du midi.

 

La chatte se faufile brusquement à l'arrière de l'énorme potée d'hortensia. Face à l'humain inconnu elle n'a pas la vindicte des oies du Capitole.

Le petit Victor treize mois, à peine déplié sur ses premières bottines, mesure l'espace à l'aune de son corps.

Non Victor non, la fleur rouge ne se mange pas !

Viens voir là...approche doucement. Viens caresser la Roussette ! Victor ignore la chatte il a vu un moulinet multicolore fiché dans un bac dégoulinant de lierre, s'en saisit ; les ravissantes menottes sont maintenant brunes de terre mouillée, l'objet convoité demeure immobile, il n'y a pas un souffle de vent.

 

-Bonjour voisine, enfin, je vais dire Gilberte puisqu'on se tutoie maintenant, tu n'as pas oublié mon prénom , c'est Georges !

il avait décidé qu'on se tutoyait, bof ! Moi je n'ai rien décidé du tout, si, moi je ne le tutoie pas le Georges. Il est grand, baraqué, mal sapé, un vieux pas frais ; il s'ennuie comme un rat momifié, j'en peut rien s'il est veuf ! N'a qu'à s'occuper au lieu d'errer dans le voisinage à guetter la parlotte. N'a qu'à lire ou jardiner ou écrire ses mémoires mais c'est pas le genre.