Il a plu toute la nuit et les phares des voitures se reflètent  sur le tarmac du boulevard et dans les flaques. Le trafic est dense ; on klaxonne et les bus bondés d’étudiants humides se faufilent , pressés d’aller vomir leurs occupants  un peu plus loin, sur la petite place. Des passants se hâtent  sur les trottoirs mouillés, voutés sous leur parapluie. Ils pestent contre le feu rouge trop lent à l’alternance.

 Sur le boulevard, quelques maraîchers remballent leurs marchandises pendant que les derniers clients en quête de bonnes affaires inspectent les fonds des cageots. Un groupe d’adolescentes trop dénudées pour ce début de saison se dirige vers l’arrêt du bus en machant un sandwich à la mayonnaise.  Un plicier tente de discipliner les  conducteurs réfractaire à la déviation.

 La chaleur est  accablante et c’est la troisième fois que le feu passe au vert pour rien. S’il faisait moins chaud, on pourrait entendre quelques oiseaux. Les marronniers du boulevard déploient de larges ombres où on s’est hâté de garer les voitures. Le volet de la boutique d’en face est baissé. Ca sent le bitume fondu.

 La ville revient au calme. Le trafic commence à s’éclaircir, Le commerçant d’en face vient de fermer son volet. Quelques fenêtres s’éclairent dans l’immeuble.  Un monsieur en manteau gris allume une cigarette en attendant que le feu passe au vert. Il vient sans doute de descendre du bus.  Sur le boulevard, un groupe de jeunes gens appuyés sur deux mobylettes rit bruyamment.