Un même lieu à 4 moments

 Le parking dessert le restaurant qui depuis quelques années s’est installé dans la grosse maison bourgeoise à l’orée du parc devenu communal, l’une et l’autre ayant connu des fastes bien oubliés.

6h du matin, la ville dort encore. Une seule voiture sur le maigre gravier que fait bientôt chuinter les pneus d’une camionnette de livraison. Un homme en salopette la déleste de quelques cageots et repart aussitôt. Effarouchement d’ailes dans les grands marronniers.

 Des cuvettes boueuses creusent le sol du parking jonché, dans la pierraille, de marrons d’Inde qui brillent d’un éclat mordoré. D’un côté, la brique brunâtre des façades arrière des maisons. Un rideau sale s’échappe d’une fenêtre entr’ouverte. Les faces lunaires des paraboles observent le parc qui, de l’autre côté du parking, s’étale et s’étage au-delà de la clôture de treillis. Quelques grands marronniers roux canardent les voitures de leurs bogues assassines.

 Deux heures du matin. Sous la pluie fine, le halo des maigres néons éclairent chichement la nuit du parking. Seuls, trois véhicules, deux voitures et une camionnette. L’ombre d’un chat erre sur le gravier. Un cri de bébé et sur l’écran des façades sombres, s’éclaire une unique fenêtre. Géants d’ombre, les grands arbres chuchotent sous l’averse.

 Le long de l’allée pavée, de hauts marronniers brandissent leurs blanches hampes fleuries et dans le parc, de l’autre côté de la clôture de treillis, un magnolia explose en roses corolles béantes. Le kiosque désert semble attendre les flonflons.Sinistre par temps gris au pied des façades de briques sombres, le parking ensoleillé en est tout ébloui sous un ciel incongrument méridional.