D’un pas lent, ennuyé.  Elle ne pense pas à saluer le merle moqueur, elle ne caresse pas la brise sur sa joue, elle oublie de lever la tête au ciel.  D’un pas lent, ennuyé, contraint, elle suit son chien qui lève la patte chaque jour sur le même buisson, forcément rabougri.

Il court, il court, l’homme bien bâti.  Un jour en montée, le suivant en descente.  Il sue son stress, évacue ses colères, perle de volonté.  A l’endroit juste où le chemin creux bascule, sa foulée rapetisse.  Le souffle suit, imperturbable.  Il court, il court, le bruit de ses chaussures sur la pierraille est déjà loin.

Avec le soir, arrive la cueilleuse de mûres.  D’un pas vif, léger, à grandes enjambées.  Point de poche, point de seau, ni même de tablier retourné.  La paume se fait corbeille, contiendra juste ce qu’il faut pour ce dessert improvisé.

Sa voie emprunte une diagonale au vieux chemin.  A travers la prairie aux trois coins, passage étroit sous la haie, le talus raide, un bond.  Son corps est souple, le souffle lent.  La chasse a été bonne, il est fatigué.  Il se couche avec la lune. 

 Ils ne font que passer.  L’un plus vite que l’autre.  L’autre plus régulièrement que l’un.  Mais ils ne font que passer.  Pourquoi s’arrêteraient-ils, d’ailleurs ?  Il n’y a rien ici, rien qu’un vieux chemin inutile à la circulation.  Un endroit oublié que n’affectionnent que quelques solitaires.  Ils ne font que passer.  J’ai cru, l’autre jour, quand il s’est arrêté pour refaire son lacet.  Puis, il est reparti.  J’ai espéré la retenir par la manche de son gilet.  Mais elle est habile, et a dénoué la ronce sans difficulté…  Ils ne font que passer.  Je n’en suis plus jamais partie. 

Isabelle F.